Lyes Salem, réalisateur de «L’Oranais» : «Nous vivons le dernier baroud du régime algérien»

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Réalisateur franco-algérien vivant en France, Lyes Salem s’efforce dans son dernier film de percer le grand tabou des années post-libération et du «storytelling» dont l'État algérien continue d'user pour écraser toute voix dissidente et prolonger d’autant la vie d’un régime à bout de souffle. « Avec ce film, j’avais envie de présenter des êtres humains, et non pas les personnages lisses et sans faille qu’on nous présente sans cesse quand on évoque les anciens "moudjahed". » Entretien.

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« Ce que je veux, c’est que l’on nous rende notre mémoire, telle qu'elle est. » Ovni dans un paysage cinématographique grand public très consensuel dès qu'il s'agit d'aborder la genèse de l'Algérie contemporaine, le film L’Oranais, en salle en France depuis le 19 novembre, met les pieds dans le plat et démonte le grand récit algérien de l'indépendance tel que le Front national de libération (FLN) l'a imposé depuis 1962. Réalisateur franco-algérien vivant en France, né d’un père algérien et d’une mère française, Lyes Salem s’efforce, parfois maladroitement mais sans complaisance, de percer le grand tabou des années post-libération et du «storytelling» dont l'État algérien continue d'user pour écraser toute voix dissidente et prolonger d’autant la vie d’un régime à bout de souffle. « Il faut regarder cette mémoire en face, nous dit Lyes Salem. J’en ai envie, j’en ai besoin, peut-être parce que je suis à l’intersection de ces deux histoires, française et algérienne, et qu’il est hors de question que je choisisse l’une contre l’autre. » Entretien.