La «Big (and poor) society» de Cameron

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La cure d'austérité britannique a des conséquences très concrètes. Sans subventions, nombre d'associations ferment leurs portes. «Il va y avoir des émeutes», s'inquiétaient des jeunes fin juillet.

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Quelques heures après le début des émeutes qui secouent l'Angleterre, Diane Abbott, députée travailliste, évoque dans The Independant les coupes budgétaires subies par le conseil de Haringey, arrondissement où se situe Tottenham. Elle précise que celles-ci n'excusent en rien les violences de ces derniers jours mais qu'avec une telle politique de rigueur (qui a réduit notamment de 75% les aides aux jeunes), il est difficile de voir comment la situation de quartiers comme Tottenham puisse s'améliorer.
En octobre 2010, le ministre des finances britannique, George Osborne, annonçait la cure d'austérité la plus sévère depuis la Seconde Guerre mondiale. Un plan de rigueur sans précédent visant à économiser 92 milliards d'euros d'ici 2015 et à réduire le déficit du Royaume-Uni de 10%.
Dans un récent rapport, le Conseil national des organisations bénévoles (NCVO) estime que le financement public accordé au secteur associatif va subir une perte de 3,4 milliards d'euros d'ici 2015-2016. «Nous sommes très inquiets car les autorités au niveau local font des coupes disproportionnées au niveau du secteur associatif, parfois sans préavis ni consultation», s'indigne Mandy Murphy du NCVO.
Un tiers des centres de loi, les law centre qui offrent un service en conseil légal, sont menacés de fermeture à cause des coupes budgétaires selon la Fédération des centres légaux. Or, ces centres apportent une aide aux communautés les plus défavorisées et 80% de leurs clients sont issus de minorités ethniques.
En mars, le conseil municipal de Camden, dans le nord de Londres, annonçait une réduction de 2,2 millions d'euros du budget alloué à la culture menaçant notamment les bibliothèques du quartier. Les habitants, et usagers, de celle de Highgate s'inquiètent d'une possible fermeture et organisent de nombreuses manifestations. «Cette idée de la Big society de David Cameron est tout à fait stupide si on supprime les financements. Il y a beaucoup de bénévoles pour faire fonctionner la bibliothèque mais il faut bien un noyau d'employés pour assurer son fonctionnement!» expliquait à Mediapart Grace Livingstone, une des organisatrices.