Les crises internationales qui attendent le nouveau pouvoir (2/2)

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Mediapart poursuit sa revue des douze situations de crise que le nouveau pouvoir devra affronter en priorité. Après les six crises liées à la présence des groupes djihadistes et du terrorisme, nous avons sélectionné six autres pays ou zones qui peuvent constituer un risque majeur pour la sécurité internationale.

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Une dizaine de conflits à surveiller en 2017 ont été identifiés au début de cette année par l’ONG International crisis group (ICG). Dans la première partie de notre enquête, nous avons rappelé le caractère menaçant de six de ces conflits – Afghanistan, Irak, Libye, Mali/Sahel, Syrie, Yémen – liés de près ou de loin à la présence des djihadistes et du terrorisme international. Dans cette seconde partie, nous revenons sur trois autres conflits majeurs identifiés par ICG – République démocratique du Congo, Birmanie, Ukraine – auxquels nous avons ajouté trois autres zones de crises – Algérie, Israël/Palestine, mer de Chine/Corée du Nord – qui présentent des risques majeurs de déstabilisation.

Cette sélection est provisoire et arbitraire. Il est clair que la Somalie, l’Égypte, la Turquie, l’Iran, le Nagorny-Karabagh, le Soudan du Sud, le Venezuela voire le Mexique, si Trump met en œuvre son projet d’expulsion des immigrants illégaux, peuvent aussi devenir des foyers de déstabilisation et d’insécurité. Mais ceux que nous avons choisis présentent des caractéristiques spécifiques – proximité, ancienneté, lourdeur du bilan humain, répercussions géopolitiques, actualité – qui les placeront en priorité parmi les dossiers diplomatiques dont le nouveau pouvoir français devra se saisir.

  • ALGÉRIE.- La santé du président et le cours du baril…

Bouteflika, votant dans une chaise roulante lors de la présidentielle de 2014. © Reuters Bouteflika, votant dans une chaise roulante lors de la présidentielle de 2014. © Reuters

Alors que la santé très précaire du président Abdelaziz Bouteflika, âgé de 80 ans et au pouvoir depuis 1999, entretient une sourde bataille de clans pour la succession, l’Algérie est menacée d’une situation de faillite qui pourrait plonger le pays dans les émeutes sociales et la colère populaire qui l’ont épargnée lors des « printemps arabes ». Dans un pays qui tire 95 % de ses recettes d’exportation et 60 % de son budget des hydrocarbures, l’effondrement du prix du pétrole de 112 dollars en 2014 à moins de 50 dollars fin 2016 a provoqué une saignée. Le déficit public a doublé en un an (de 8 % à 16 % en 2015) et les réserves de change ont fondu de 179 à 122 milliards de dollars en septembre 2016. Quant au fonds de réserve constitué avant 2013, lorsque le prix du pétrole était élevé, il est passé en trois ans de 200 milliards de dollars à moins de 100 milliards de dollars.

Or l’Algérie a consacré, pendant près de dix ans, la moitié de la fiscalité pétrolière à des « transferts sociaux ». C’est-à-dire à acheter la paix sociale. Et à apaiser les tensions héritées des longues années de guerre civile (près de 150 000 morts) entre l’État et les groupes islamistes armés. Sans résoudre les énormes problèmes économiques et sociaux qu’affronte une bonne partie de la population. En 2015, la pauvreté frappait encore 9 millions d’Algériens (sur 39). Près de 4 millions de personnes employées dans l’économie informelle ne bénéficiaient d’aucune protection sociale.

La manne pétrolière a certes permis de financer de grands travaux d’infrastructure, d’entretenir une fonction publique pléthorique (l’État est le premier employeur du pays), d’augmenter les pensions des anciens combattants, de construire de nouvelles universités et de moderniser une armée et une police choyées. Mais elle n’a jamais permis de lancer la diversification économique annoncée depuis des années. Et l’Algérie a dû prendre des mesures d’austérité, lancer un emprunt obligataire et contracter un prêt de 900 millions d’euros auprès de la Banque africaine de développement pour financer son déficit.

Si le prix du pétrole ne remonte pas avant 2019, terme du quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, ou si la santé du chef de l’État contraint le régime à une élection anticipée, c’est-à-dire à une bataille ouverte pour la succession, l’Algérie pourrait entrer dans une période de sérieuses turbulences. Turbulences redoutées par Washington comme par Paris.

Les États-Unis tiennent l’Algérie pour un partenaire clé dans la lutte contre le terrorisme international, au point d’avoir conclu des accords de coopération, entre leurs Bérets verts et les forces spéciales algériennes, dans la région de Tamanrasset où la location d’une base aérienne a même été discutée. Partenaire économique majeur de l’Algérie, la France, rançon de l’histoire, entretient avec Alger des relations complexes. Elles se sont améliorées ces dernières années, comme l’a démontré la coopération militaire mise en place lors de l’opération Serval au Mali.

Droits de survol pour les avions de combat français, fourniture de carburant, échange de renseignements… Au nom de la lutte commune contre la déstabilisation du Sahel, le régime algérien a fourni à Paris une aide inédite. Mais Alger reste réservé sur d’autres sujets comme le rôle de la France en Libye. Pour ces raisons et nombre d’autres, liées notamment à la présence en France d’une importante communauté algérienne ou originaire d’Algérie, le dossier des relations entre les deux pays requiert toujours un doigté diplomatique virtuose.   

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