Photographier la « douce apocalypse »

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Entre avril 2011 et mars 2012, Antonio Pagnotta s’est introduit régulièrement dans la zone interdite de Fukushima. Il explique comment il a pu travailler. Entretien et vidéos.

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Antonio Pagnotta, photoreporter, est un habitué des zones interdites. En 1997, il s’était introduit par effraction dans l’installation nucléaire de Tokaimura, au Japon, où s’était produit un accident, après avoir escaladé un grillage sans être repéré par les gardes. Entre avril 2011 et mars 2012, il s’est introduit à plusieurs reprises dans la zone interdite de Fukushima, de manière « furtive ». Ce sont ses photos que Mediapart vous proposera durant la semaine en une série de sept portfolios dont le premier, « le dernier homme », est disponible ici.

« Je suis entré à pied, de nuit, pour pouvoir travailler sans être interrompu, raconte Antonio Pagnotta. De jour, il y a pas mal de passages, deux mille travailleurs se rendent quotidiennement à la centrale, et il y a des patrouilles de police. Il y a aussi des gens qui viennent rechercher des objets dans leur ancienne maison. J’ai photographié un réfrigérateur que des habitants ont fait sortir de la zone, alors qu’il était contaminé. »

Pagnotta a observé une faune domestique à l’abandon, cochons, chiens ou chats livrés à un état sauvage. Deux mille vaches errent « en liberté » dans la zone interdite. Le photographe a vu aussi d’énormes araignées.

Il a aussi croisé le « dernier habitant » de la zone interdite (voir ici). Naoto Matsumura, 54 ans, était agriculteur à Tomyoka, ville abandonnée de la préfecture de Fukushima, qui avait plus de 15 000 habitants avant la catastrophe. Matsumura a refusé d’évacuer la zone pour des raisons d’honneur et continue à défier le groupe Tepco, le géant de l'industrie nucléaire et opérateur de la centrale accidentée. Depuis, il entretient les tombes et s’occupe des animaux d’élevage qui n'ont pas été abattus.

Le dernier homme de Fukushima. Entretien avec le photoreporter Antonio Pagnotta © Mediapart

Antonio Pagnotta a exploré un territoire d’où la vie s’était enfuie, un paysage de « douce apocalypse », selon ses termes. Ses photos évoquent d’ailleurs la science-fiction dite post-apocalyptique, qui décrit la planète après une catastrophe ayant détruit la civilisation humaine, telle qu’une guère nucléaire, une épidémie mondiale ou un choc avec une météorite.

Sauf que ce n’est pas de la science-fiction. Les photos du supermarché de Tomyoka seraient tout à fait à leur place dans Je suis une légende ou dans un épisode inédit de Terminator. « Elles n’ont pas été vues au Japon, elles n’ont pas intéressé les médias, dit Pagnotta. Je crois que les gens préfèrent ne pas savoir. »

Un supermarché dans la zone interdite de Fukushima. Entretien avec le photoreporter Antonio Pagnotta © Mediapart

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