Trump ou la nuit des sorcières de l’Amérique

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Trump n’a pas eu besoin de faire campagne sur un programme: il a libéré une puissance sauvage et indistincte. Et il l’a fait à sa manière, cynique et caricaturale. Il s’est jeté sur ces foules envahies par le ressentiment et le désir de revanche, et il les a excitées. Tendant un miroir déformant aux électeurs fanatisées, il a fait de la haine une bannière et de la peur une marque qui porte son nom.

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On fait campagne en poésie mais on gouverne en prose, disait l’ancien gouverneur de New York, Mario Cuomo. Donald Trump n’a fait campagne ni en poésie ni en prose mais, comme tous les dirigeants fascistes, en argot, en inventant son propre sociolecte, qu’on pourrait appeler l'« argotrump », un mélange de grimaces et de grommellements, de slogans et d’anathèmes. Les longs discours de Barack Obama qui enthousiasmaient les foules semblent appartenir à une autre civilisation. Et c’est sans doute vrai. L’« argotrump » ne connaît pas les longues phrases, les articulations logiques. Dans l'« argotrump », la grammaire et le lexique sont réduits au strict minimum. David Denby, critique de cinéma du New Yorker, a prélevé dans le corpus de ses discours un échantillon : « La peur, le danger, la stupidité. Stupidité ! Le sort de la nation est en jeu. La sécurité personnelle du peuple est en jeu. Quelque chose de “terrible” se passe. Nous ne pouvons pas vivre comme ça. Ça va empirer. Vous allez avoir de nouveaux World Trade Center. Ça va empirer. Nous ne pouvons être politiquement corrects, et nous ne pouvons être stupides, et ça va empirer. »