Confusion autour de l'évacuation des civils à Alep

Par

L'évacuation de civils et de combattants rebelles n'avait pas commencé mercredi matin, malgré l'accord passé mardi entre la rébellion d'une part et le régime d'Assad et la Russie, d'autre part.
>«Les égorgeurs ont carte blanche et ne laisseront aucun témoin» 

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

L'évacuation de milliers de civils, piégés dans les derniers quartiers d'Alep-Est tenus par l'opposition syrienne, n'avait pas débuté mercredi matin, contrairement aux termes de l'accord passé la veille entre la rébellion et le régime syrien et garanti par la Russie. Cet accord prévoyait un cessez-le-feu et la mise en place de corridors permettant l'évacuation des habitants de ces parties de la ville mais aussi des combattants. Prenant acte de la capitulation des groupes armés, l'accord stipule que ces combattants seront transférés, avec leurs armes légères et leurs familles, soit vers la province d’Idlib, au sud-ouest, soit vers la campagne de l’ouest d’Alep, deux zones hors du contrôle des forces progouvernementales.

Des représentants de l'insurrection syrienne ont accusé, mercredi matin, les forces pro-gouvernementales d'avoir repris le bombardement des derniers quartiers encore tenus par les rebelles dans Alep, en dépit du cessez-le-feu entré en vigueur la veille. A Moscou, le ministère russe de la défense a affirmé que les rebelles d'Alep avaient lancé de nouvelles attaques à l'aube. L'armée syrienne poursuit ses opérations pour venir à bout des dernières poches de résistance, poursuit le ministère russe cité par l'agence Interfax.

Un témoin contacté par Reuters a cependant déclaré que ces bombardements avaient pris fin au bout d'une demi-heure environ tandis qu'un haut responsable turc assurait que l'accord fragile conclu la veille sur l'évacuation des civils et des rebelles d'Alep tenait toujours en dépit de ces informations.

Des gens fuyant les quartiers d'Alep Est dévastés par les combats, mardi. © Abdalrhman Ismail/Reuters Des gens fuyant les quartiers d'Alep Est dévastés par les combats, mardi. © Abdalrhman Ismail/Reuters

Quelques instants plus tôt, une journaliste de Reuters présente dans la ville syrienne avait dit entendre des explosions. De son côté, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) mentionnait également des détonations liées à des bombardements. La Russie a accusé les insurgés de la reprise des combats. «Profitant de la trêve, des rebelles se sont regroupés à l'aube et ont essayé de franchir les positions des troupes syriennes dans le nord-ouest d'Alep. L'attaque des terroristes a été repoussée. L'armée syrienne a prolongé ses opérations de libération», a indiqué l'armée russe. Dans le camp opposé, la Turquie a accusé le régime syrien et ses alliés au sol- les combattants iraniens et ceux du Hezbollah libanais- d'empêcher la mise en oeuvre du cessez-le-feu.

La France a demandé mercredi matin le déploiement d'observateurs des Nations unies pour superviser l'évacuation des civils et des combattants d'Alep-Est et garantir leur sécurité au lendemain d'informations faisant état d'exécutions sommaires. «On a parlé d'un accord entre Turcs et le régime syrien et une garantie des Russes mais en fait c'est la confusion totale», a dit le chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault sur France 2.

«Ce que la France demande, c'est la présence d'observateurs des Nations unies sur place pour avoir une garantie que l'évacuation, qui est une priorité pour la population civile, (ait lieu) mais aussi que les combattants ne soient pas massacrés, pour cela il faut des observateurs», a-t-il ajouté.

Dans un entretien donné mardi à la chaîne gouvernementale russe Russia Today, Bachar al-Assad vient fortement relativiser la portée de l'accord. Le président syrien rejette toute éventualité de trêve qui «stopperait la progression de l'armée syrienne» et déclare que que la préoccupation principale des pays occidentaux est de «sauver les terroristes». «Si nous libérons Alep, les politiques occidentaux et les médias mainstream s’inquiéteront alors du sort des civils, alors qu'ils ne s'en préoccupent pas lorsque la situation inverse se produit, lorsque les terroristes tuent des civils et s'emparent de Palmyre», ajoute-t-il.

Un peu plus tôt, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l'Onu avait fait savoir qu'il était prêt à apporter son aide pour faciliter l'évacuation des civils «blessés et vulnérables». L'évacuation, prévue ce mercredi matin, des secteurs d'Alep encore tenus par les rebelles a été repoussée pour des raisons inexpliquées, a affirmé de son côté l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ce qu’a également constaté une journaliste de l’Agence France-presse (AFP) sur place. La chaîne Orient TV, proche de l'opposition, rapporte de son côté que les opérations pourraient ne commencer que jeudi.

Un responsable rebelle avait indiqué plus tôt que des milices chiites pro-gouvernementales entravaient mercredi matin les évacuations dans la partie orientale d'Alep, malgré l'accord conclu la veille lors de négociations entre russes et insurgés.

Un accord de cessez-le-feu dans la grande ville du nord de la Syrie a été conclu mardi lors de négociations entre les insurgés et la Russie, alliée militaire clé du régime de Damas, et avec l'aide de la Turquie. Il prévoit l'évacuation mercredi de combattants et de civils après quatre mois de siège et de bombardements d'une rare intensité sur une ville désormais réduite à l'état de ruines.

Réuni en urgence à la demande de la France, le Conseil de sécurité a pris acte de cet arrangement dont les termes restent encore à vérifier sur le terrain. « Cette tragédie est le résultat de la sauvagerie des uns, de la complicité active et du cynisme absolu des autres, mais aussi de beaucoup de lâcheté et d’indifférence et, il faut avoir le courage de le dire, de l’impuissance de la communauté internationale et de l’ONU », a convenu François Delattre, le représentant français auprès des Nations unies. L’ambassadeur russe aux Nations Unies, Vitaly Tchourkine a dénoncé « la propagande, la désinformation et la guerre psychologique » à l’œuvre dans l’opinion occidentale. « Ce chapitre tragique de l’histoire d’Alep-Est a pris fin et nous espérons maintenant que cela va permettre la reprise des efforts pour relancer des négociations politiques », a estimé le diplomate russe.

Les ruines de la citadelle historique d'Alep, novembre 2015. © Omar Sanadiki/Reuters Les ruines de la citadelle historique d'Alep, novembre 2015. © Omar Sanadiki/Reuters

Cet accord, reconnu par la Russie et par les autorités syriennes, marque la plus importante victoire du pouvoir en place dans son combat pour mâter une rébellion entamée il y a près de six ans. Les rebelles se voient ainsi chassés de leur dernier grand bastion urbain dans ce que le régime de Damas considère comme «la Syrie utile», soit la partie occidentale du pays.

Plus largement, c’est la quasi-intégralité de la communauté internationale qui a condamné « les atrocités » auxquelles sont confrontés les habitants de la ville. Les bombardements n’ont cessé de s’intensifier sur la localité, en passe de retomber aux mains du régime d’Al-Assad.

Lire page suivante, notre synthèse d’actualité pour les journées de lundi et mardi.

 

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale