International Brève

Grèce : l'Allemagne réclame la suspension des élections

Les partis de gauche, qui ont rejeté le plan européen, enregistrent une percée spectaculaire dans les derniers sondages. Les Européens se trouvent pris à contre-pied : les partis traditionnels sur lesquels ils ont misé ne semblent plus en mesure d’obtenir une majorité aux législatives. Par prudence, ils envisagent désormais de repousser le deuxième plan de sauvetage après les élections.

Martine Orange

15 février 2012 à 19h36

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Un sondage est en train de semer l’effroi dans les rangs européens : la Grèce est en train de basculer à gauche.Totalement révoltés par les conditions imposées par l’Europe, les Grecs sont en train de délaisser les partis politiques traditionnels qui ont voté le programme d’austérité au Parlement dimanche pour se réfugier vers les partis qui refusent tout l’accord européen.

Selon le sondage publié ce mercredi par le quotidien Ekathimerini, le parti de la gauche démocratique est en train de faire une percée spectaculaire, gagnant plus de 4,5 % des intentions de vote en quelques jours,pour atteindre 18 %. A ses côtés, le parti communiste grec (KKE) et la coalition de gauche radicale (Syriza) restent stables, avec respectivement 12 % et 12,5 %. Au total, ces trois partis de gauche, qui ont refusé de cautionner le programme de la Troïka, recueillent 42,5 % .

En face, la nouvelle démocratie (droite) d’Antonis Samaras stagne avec 31 %, tandis que le Pasok (socialiste)s’effondre avec moins de 8 %.

Ce sondage déjoue tous les calculs européens. Déterminés à obtenir l’engagement formel de la classe politique grecque sur les réformes imposées par la Troïka, ils ont exigé la signature des deux partis au pouvoir. Le Pasok s’est exécuté depuis le début de la semaine. Mercredi, après avoir longtemps hésité, Antonis Samaras a adressé une longue lettreaux responsables européens et à Mario Draghi, le président de la BCE, pour les assurer de son soutien aux mesures exigées par l’Europe, avec des nuances, cependant. « Si la nouvelle démocratie gagne les prochaines élections en Grèce, nous resterons engagés à respecter les objectifs du programme de stabilisation, ses buts et ses mesures clés.  L’accent mis sur le retour à la croissance en accord avec les autres objectifs permettra seulement de rendre le programme plus efficace et de réussir les efforts d’ajustement . Aussi, des modifications s’imposeront pour garantir la complète mise en œuvre du programme.»

Il  y a dans cette lettre des raisons de mettre en fureur les responsables européens. Ils exigentun engagement sans conditions. Mais l’obtiendraient-ils maintenantque cela ne changerait pas grand-chose : les deux partis de gouvernement, sélectionnés par les dirigeants européens, ne sont pas en situation d’avoir une majorité parlementaire et de former un  gouvernement, si les sondages se confirment.

Les dirigeants européens qui veulent préempter le résultat des élections législatives grecques se retrouvent donc sans assurance sur le futur, comme ils l’exigeaient. Les partis contre l’austérité imposée par l’Europe ont des chances de l’emporter.

Dès lors, alors que les pressions pour pousser la Grèce hors de la zone euro s’accentuent, les ministres européens des finances, qui ont reporté leur réunion pour tenir une simple conférence téléphonique ce mercredi, restent dans l’expectative.  L’idée domine de plus en plus de différerle deuxième plan de sauvetage de la Grèce, jusqu’au lendemain des élections grecques, afin d’avoir les assurances nécessaires du prochain gouvernement. La restructuration de la dette serait aussi repoussée après cette date. D’ici là, l’échéance de remboursement de14,5 milliards d’euros, que le gouvernement grec doit honorer le 20 mars, serait assurée par un reliquat des crédits du premier plan de sauvetage.

Poussant un peu plus les limites de l'inacceptable, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a suggéré que la Grèce renonce aux élections législatives et mettre en place un gouvernement de techniciens. Le chantage devient de plus en plus clair : l'argent contre la suspension de tout processus démocratique et la mise sous tutelle du pays. Le président grec, Karolos Papoulias, a violemment réagi à cette suggestion : «Nous sommes tous obligés de travailler très dur pour faire face à cette crise, mais nous ne pouvons pas accepter d'être insultés par M. Schaüble. Qui est M. Schaüble pour insulter la Grèce ? Qui sont ces Néerlandais, qui sont ces Finnois ? Nous avons toujours défendu non seulement la liberté de notre pays mais celle de l'Europe.»

Par leur volonté de tout maîtriser, les Européens, n'hésitant pas à humilier un pays et à s'assoir sur les principes démocratiques les plus élementaires, risquent de mettre en place le dernier engrenage de la machine infernale, poussant la Grèce à un défaut désordonné et au chaos.  

Martine Orange


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