Un conservateur italien mêlé au «Dieselgate» élu à la tête du parlement européen

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Antonio Tajani, ancien proche de Berlusconi, a été élu avec les voix des trois grands groupes de droite. Son élection pourrait bousculer les rapports de force à Strasbourg.

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Il a fallu attendre le quatrième tour de scrutin, mardi 17 janvier à Strasbourg, pour connaître le nom du successeur de l’Allemand Martin Schulz à la tête du parlement européen : le conservateur italien Antonio Tajani l’a emporté dans la douleur (351 voix) contre son compatriote, le social-démocrate Gianni Pittella (282 voix), tandis que 80 autres élus se sont abstenus. À un moment charnière de l’histoire de l’UE, les trois principales institutions européennes sont donc aux mains des conservateurs (avec Jean-Claude Juncker à la Commission, et Donald Tusk au Conseil).

Tajani, figure de l’ancien parti Forza Italia et autrefois proche de Silvio Berlusconi, devient ainsi à 63 ans le 15e président du parlement européen depuis l’élection au suffrage universel des eurodéputés en 1979. Il est le 13e homme à occuper ce poste (seules deux femmes ont été élues, les Françaises Simone Veil et Nicole Fontaine) et aussi « le président le plus mal élu depuis 1979 », raillait mardi soir la délégation des socialistes français. « Je veux être le président de tous », a déclaré Tajani lors d'une conférence de presse à Strasbourg, aux alentours de 21 h 30, afin de prendre ses distances avec le style jugé souvent trop clivant et autoritaire de son prédécesseur Martin Schulz.

Antonio Tajani au parlement européen à Strasbourg. © EPP Antonio Tajani au parlement européen à Strasbourg. © EPP

L’élection fut très disputée pour une raison simple : la « grande coalition » entre les conservateurs du PPE et les sociaux-démocrates du S&D avait volé en éclats après l’annonce du départ de Schulz (lire notre article). Au dernier tour, Tajani a été élu grâce aux voix des Conservateurs et réformistes européens (ECR, le groupe des Tories britanniques) et à celles des Libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE, dont l’UDI-MoDem).

L’ouverture du scrutin mardi matin avait été marquée par une surprise : le retrait in extremis de Guy Verhofstadt, le patron de l’ALDE, après un accord négocié lundi soir avec la droite du PPE (accord à télécharger ici, en anglais (pdf, 18.1 kB)). Dans l’esprit de Verhofstadt, un ancien premier ministre belge, il s’agit de former une « plateforme commune, pro-européenne [...] par-delà les différences idéologiques », face un arc d'adversaires de l'UE.

Le même Verhofstadt avait déjà défrayé la chronique la semaine dernière, en essayant d’intégrer à son groupe les eurodéputés du Mouvement 5 Étoiles (M5S) de Beppe Grillo, afin de renforcer ses chances de devenir président de l’hémicycle. Mais la manœuvre, qui avait choqué au sein de son groupe politique, avait tourné au fiasco.

Il est encore trop tôt pour dire si le remplacement de Schulz par Tajani va marquer un tournant dans les équilibres de force au Parlement. À la « grande coalition » PPE-S&D pourrait succéder un front des droites (PPE-ECR-ALDE). Ce virage reste à confirmer au fil des semaines, tant cette alliance paraît fragile sur le papier (en raison notamment de la présence des députés britanniques conservateurs, les Tories, désormais partisans du Brexit, au sein du groupe ECR).

De ce point de vue, l’un des premiers tests pourrait être le vote sur le traité de libre-échange UE-Canada (CETA), prévu mi-février à Strasbourg. Pour l'Allemande Gabi Zimmer, à la tête de la GUE (Gauche unitaire européenne, dont les élus PG et PC), l'élection de Tajani marque d'ores et déjà un « virage à droite » du Parlement, après l'éclatement de la « grande coalition ». Quant à Philippe Lamberts, le coprésident belge du groupe des Verts, il juge que Tajani « va devoir laisser son passé politique derrière lui » pour présider convenablement l'hémicycle.

Il y a quelques semaines encore, peu d’observateurs misaient sur la candidature d’Antonio Tajani, dont le nom est mêlé à l’un des scandales les plus retentissants de ces dernières années à Bruxelles, celui de la manipulation sur les émissions polluantes des voitures Volkswagen. Tajani est accusé d’avoir fermé les yeux sur cette pratique lorsqu’il était commissaire européen chargé de l’industrie, sous l’autorité de José Manuel Barroso. Selon un article publié le 13 janvier par l’hebdomadaire allemand Wirtschaftswoche, Tajani avait été mis au courant dès 2012, par un sous-traitant de la firme allemande, de l’ampleur des manipulations sur les tests de pollution – ce que l’Italien a toujours démenti.

Mediapart avait présenté les candidats des différents groupes dans cet article.
 
Voici les résultats des trois premiers votes au fil de la journée de mardi (le quatrième et dernier opposait seulement Tajani et Pittella, conformément au règlement) :

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