Le calvaire des enfants yéménites se poursuit

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Menacé de famine, le Yémen reste l’un des « pires endroits sur la planète pour les enfants », estime l’Unicef, qui dresse un bilan effroyable des souffrances causées par une guerre sans issue. L’Arabie saoudite bénéficie toujours d’une totale impunité.

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Genève (Suisse), de notre correspondante.-  Les agences humanitaires des Nations unies ne savent plus quel superlatif employer ni quel moyen utiliser pour réveiller les consciences sur ce qui se passe au Yémen : l’effondrement d’un État sur fond de guerre, avec désormais une épidémie de choléra et de diphtérie et un risque de famine pour 8,5 millions de personnes (sur 23,9 millions d’habitants) totalement dépendantes d’une aide humanitaire qui arrive au compte-gouttes.

« Aujourd’hui, c’est vraiment la plus grosse crise humanitaire dans le monde », « un cauchemar », expliquait, ce mardi 16 janvier à Genève, Bettina Luescher, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), alors qu’un nouveau rapport de l’Unicef vient d’être rendu public, dressant un tableau effroyable de la situation des enfants dont 5 000 ont été tués et blessés (sur près de 10 000 morts) depuis le début de la guerre qui oppose les rebelles houthis et une coalition internationale menée par l’Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis. Les premiers se livrant aux pires exactions, enrôlant des mineurs dans leurs rangs et les seconds procédant à des bombardements massifs sur les populations civiles, les écoles et les hôpitaux.

Des enfants au Yémen, 2017. © UNICEF Des enfants au Yémen, 2017. © UNICEF

Cette synthèse intitulée « Né dans la guerre : 1 000 jours d’une enfance perdue », fait froid dans le dos, sans espoir d’amélioration alors qu’un panel d’experts onusiens vient de remettre au Conseil de sécurité un rapport confidentiel de 79 pages estimant que « le Yémen, en tant qu’État, a pratiquement cessé d’exister ». Ils décrivent un risque de partition du pays « en une myriade de petits États qui se font la guerre, mais aucun n’a le soutien politique ou la force militaire suffisants pour rassembler le pays ou parvenir à une victoire militaire sur le terrain », comme le rapporte Le Monde.

« Le Yémen est l’un des pires endroits sur la planète pour les enfants », estime Meritxell Relano, la représentante de l’Unicef au Yémen. « Une génération entière d’enfants grandit sans connaître autre chose que la violence » et s’ils survivent, ils garderont « des cicatrices physiques et psychologiques pour le reste de leur vie », ajoute-t-elle.

Depuis le début du conflit, en mars 2015, plus de 3 millions d’enfants sont nés dans ce pays à feu et à sang, otages de la guerre par procuration que l’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition de pays arabes sunnites, livre à l’Iran chiite. Un million d’entre eux ont été mis au monde hors des hôpitaux, détruits à 57 %. Environ 30 % étaient prématurés, et 30 % avaient un poids de naissance inférieur à la normale.

Une femme près de sa fille de cinq ans dans un centre de traitement de Sanaa, le 22 novembre 2017. © REUTERS/Khaled Abdullah Une femme près de sa fille de cinq ans dans un centre de traitement de Sanaa, le 22 novembre 2017. © REUTERS/Khaled Abdullah
Les chiffres sont effrayants, constamment revus à la hausse : 11,3 millions de petits Yéménites (soit presque chaque enfant) ont besoin de l’aide humanitaire pour survivre dans un pays qui dépend à 90 % de l’approvisionnement extérieur. Environ 1,8 million souffre de malnutrition, dont 400 000 de « malnutrition aiguë sévère » qui met à tout instant leur vie en danger.

Christophe Boulierac, porte-parole de l’Unicef à Genève, s’était rendu en mars 2016 dans un hôpital de Sanaa, la ville sous contrôle des rebelles houthis, où les médecins se battent pour maintenir en vie de petits squelettes. Il décrit une souffrance inimaginable, des cris de douleur, et des situations extrêmes. « J’avais alors rencontré un homme qui avait fait des centaines de kilomètres en moto avec sa femme et son enfant malade. Il avait mis en gage sa kalachnikov auprès de l’épicier de son village », témoigne-t-il, estimant qu’aujourd’hui la situation s’est considérablement aggravée « du fait de la fermeture temporaire du port d’Hodeïda, de l’absence de salaires depuis un an pour le personnel médical, et de la destruction progressive des services publics : distribution de l’eau, éducation et santé ». Ce à quoi s’ajoute une épidémie de choléra avec un million de cas présumés, dont 25 % d’enfants de moins de 5 ans.

Aujourd’hui, presque 2 millions d’enfants ne vont plus à l’école. Fin 2017, on recensait 256 écoles totalement détruites, 150 occupées par des personnes déplacées et 23 par les groupes armés. Plus de 72 % des filles sont mariées avant d’avoir 18 ans et 70 % des mineurs vivent dans des familles en dessous du seuil de pauvreté.

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