L’enfer du «social ranking»: quand votre vie dépend de la façon dont l’Etat vous note

Par Mara Hvistendahl

Par le biais d’applications pour smartphone, l’État chinois, en partenariat avec des entreprises privées, note les citoyens. Ce classement social a des implications concrètes : pouvoir louer un vélo, obtenir un prêt, accéder à certains services sociaux, s’inscrire sur un site de rencontres… Plongée vertigineuse dans la nouvelle gouvernementalité numérique. Une enquête parue dans la N°10 de la Revue du Crieur.

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En 2015, lorsque Lazarus Liu rentra en Chine après avoir étudié pendant trois ans la logistique au Royaume-Uni, il se rendit bientôt compte que quelque chose avait changé : tout le monde payait ses achats avec son téléphone. Que ce soit chez McDonald’s, à l’épicerie du coin ou même dans les petits bouis-bouis de quartier, ses amis de Shanghai utilisaient le paiement par portable. L’argent liquide, constatait Liu, avait été largement remplacé par deux applications pour smartphone : Alipay et WeChat Pay. Un jour, dans un marché aux légumes, il vit une dame de l’âge de sa mère sortir son téléphone pour payer ses courses. Il décida de s’y mettre lui aussi.