Le conseil européen repousse le paquet climat-énergie 2030

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Le Conseil des chefs d’État européens des 20 et 21 mars ne devrait adopter aucun objectif chiffré du paquet climat-énergie 2030, contesté notamment par la Pologne.

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Le Conseil des chefs d’État européens, qui doit se tenir les 20 et 21 mars, ne devrait adopter aucun objectif chiffré du « paquet climat-énergie 2030 ». Les États membres n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les recommandations de la Commission concernant les trois directives structurant sa politique « bas carbone » : baisse de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (par rapport à 1990), « au moins » 27 % d’énergies renouvelables et pas d’objectif pour l’efficacité énergétique.

C’est un revers pour la France, organisatrice de la conférence de l’ONU sur le climat en 2015, la COP 21, qui souhaitait une position commune le plus tôt possible, afin de consolider les chances d’un accord international sur la lutte contre le dérèglement climatique l’année prochaine. « Ce n'est pas une négociation très facile », reconnaît-on dans l’entourage de François Hollande, « sur ces sujets, nous souhaitons que des mandats (au conseil européen – ndlr) soient donnés, pour les six, neuf mois à venir ». Soit juste à temps pour le sommet que Ban Ki-moon organise à New York le 23 septembre, dans l’espoir de « catalyser l’action climatique ». Un nouveau conseil européen aura lieu fin juin, après les élections, et avant l’installation de la nouvelle Commission.

Un accord devra être trouvé d’ici l’automne, a déclaré Dominique Ristori, directeur-général de l’énergie à la Commission, reconnaissant le glissement de calendrier. Le principal point de blocage semble être l’objectif de 27 % renouvelables en 2030, combattu par le Royaume-Uni et par la Pologne notamment. Mais « la gouvernance dont nous avons besoin n’est pas punitive, ne passe pas l’exercice d’une forte pression sur les États membres, a-t-il commenté. Nous allons construire sur la base des plans nationaux »(voir ici son entretien). 

Partir des souhaits nationaux, plutôt que d’imposer aux États des contraintes obligatoires à l’échelle nationale, c’est exactement ce que leur reprochent les ONG de défense de l’environnement (voir ici à ce sujet) : « On ne retrouve le même processus, de plus en plus “bottom-up”, que dans la négociation internationale, c’est très inquiétant », se désole Célia Gautier, chargée de mission politiques européennes du Réseau action climat (RAC). Côté français, « il n’y a pas de volonté d’utiliser l’Europe pour appuyer la transition énergétique », ajoute-t-elle. L’Allemagne se dit favorable à des objectifs contraignants pour soutenir son « energiewende » (son « tournant énergétique »), mais semble attentive à ne pas trop isoler la Pologne. Celle-ci a menacé d’opposer son veto à toute position trop contraignante. « En réalité, rien n’indique que la Pologne soit prête à le faire contre les 40 % de réduction de gaz à effet de serre si l’accord précise qu’en échange, elle obtient une contrepartie suffisante », analyse un expert associatif à Bruxelles, selon qui « les médias et la classe politique polonaise se rendent compte que la politique climatique européenne continuera de toute manière et que Varsovie n’a pas les moyens de la bloquer. » La question du cadeau polonais devrait continuer d’occuper les chancelleries pendant quelques mois.

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