Sexe, meurtres et corruption : le scandale Bo Xilai atteint le sommet du pouvoir chinois

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La Chine est saisie d’une histoire de corruption, meurtre et trahison qui éclabousse et tétanise le sommet du Parti unique. Tout cela depuis la mort suspecte d’un citoyen britannique, accélérant la chute du “prince rouge” Bo Xilai et de ses alliés, sur fond de luttes féroces pour la réorganisation du pouvoir en octobre. La saga Bo Xilai, par notre envoyé spécial à Chongqing.

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De notre envoyé spécial à Chongqing

Le 16 janvier, au cours d’une banale réunion de service, le puissant responsable du parti Bo Xilai est pris d’une hallucination. Devant ses subalternes assoupis, il raconte combien « l’intégrité est une sorte de bénédiction », et qu’il est « essentiel d’œuvrer ensemble pour maintenir la pureté du Parti Communiste de Chongqing». Son fief depuis 2007 est une Chine en (grosse) miniature : une mégalopole de 34 millions d’habitants construite sur les collines bordant le fleuve Yangtsé. Une ville de gratte-ciels et d’autoroutes à trois niveaux, où dominent les entreprises d’État, où la propagande communiste est visible partout, où les ouvriers migrants affluent chaque jour pour accompagner une croissance annuelle vertigineuse de 16,4 %, la plus forte de Chine. Le paradis du capitalisme bureaucratique, en somme.

L'hôtel Sheraton de Chongqing, mégalopole de 34 millions d'habitants. © (JP) L'hôtel Sheraton de Chongqing, mégalopole de 34 millions d'habitants. © (JP)

Mais, depuis cette envolée lyrique de Bo Xilai, beaucoup d’eau boueuse a coulé sous les ponts de Chongqing. La faute à Wang Lijun, son fidèle bras droit et chef inflexible de la police locale. Le 7 février, menacé de mort par un Bo Xilai fou de rage, il court se réfugier au consulat américain le plus proche, un bunker caché derrière un centre commercial du luxe, à Chengdu. En vain. Wang est aujourd’hui entre les mains de la police nationale, à Bei Da He, une station balnéaire à 2 h 30 de la capitale. Le voici devenu la “Gorge Profonde” de Pékin; ses confessions sur les affaires macabres de Bo Xilai permettent à la vieille garde du Parti d'écarter définitivement cet extravagant prince rouge - et ses alliés - du pouvoir.

Car, sans cette tentative spectaculaire de défection - que des internautes de Chengdu se sont empressés de blogguer immédiatement - absolument rien n'aurait bousculé l'actualité nationale jusqu’à octobre, date du XVIIIe congrès du Parti Communiste Chinois. Le tout puissant Comité permanent du Politburo – parmi lesquels figurent le président et le premier ministre –  doit alors se renouveler, après dix années de service. Derrière Xi Jinping, l’actuel vice-président, ou Wang Yang, le chef de la province du Guangdong, Bo Xilai était en très bonne place pour y siéger.

Bo Xilai, en 2011, à l'assemblée nationale populaire. © (dr) Bo Xilai, en 2011, à l'assemblée nationale populaire. © (dr)

Jusqu’au soir du 10 avril. A 23 heures, la télévision d’État interrompt sa logorrhée soporifique et annonce en direct son éviction définitive du Comité Central « pour violations sérieuses à la discipline du Parti », et l’arrestation de son épouse, Gu Kailai, pour son implication présumée dans le meurtre du citoyen britannique Neil Heywood. Bo Xilai est désormais en « Shuangguai », un type de détention réservé aux hauts membres du Parti, en dehors du système pénal… et souvent l’antichambre de la peine capitale.

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