Au Rwanda, la solitude des Justes

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Alors que leurs voisins éliminaient systématiquement les Tutsis, eux ont choisi de les sauver. Comment leur rendre hommage ? Vingt-cinq ans après le génocide, la place réservée par les Rwandais à leurs « Justes » incarne les tiraillements d’une société aux plaies encore à vif.

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Kigali (Rwanda), envoyée spéciale.– L’orphelinat n’a pas bougé. Au détour d’une ruelle de Nyamirambo, un quartier populaire de Kigali, son portail d’entrée laisse échapper la rumeur d’une centaine d’enfants en pleine récréation. La bâtisse était déjà là en avril 1994. Mais les jeunes pensionnaires avaient ordre de rester cloîtrés dans les dortoirs. Lorsque les milices Interahamwe surgissaient, quasiment chaque jour, la silhouette de Damas Gisimba s’avançait. Longuement, sous la menace des armes, le directeur de l’orphelinat suppliait les miliciens d’épargner « ses enfants ».