Donald Trump éprouve les signes d’une possible débâcle

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Donald Trump a perdu la main depuis l’assassinat de George Floyd, le 25 mai dernier. Il risque maintenant de perdre la partie tant tout semble se liguer contre lui. Ses revers et sa gestion chaotique pourraient ouvrir les yeux des fanatiques.

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Ce n'est pas la première « semaine horrible » de Donald Trump à la Maison Blanche. Le Point titrait déjà, voilà bientôt trois ans, à la fin du mois de juillet 2017, sur la « septimana horribilis » du président des États-Unis d’Amérique, en mauvaise passe dans les sondages après seulement six mois de mandat.

« Cinq mois, c’est long », n’a cessé de tweeter, en cette fin de printemps 2020, Gérard Araud, l’ancien ambassadeur à Washington de la République française, pour doucher l’inconscience d’internautes qui voudraient vendre la peau de l’ours Trump avant que les – ou plus exactement des – Américains n’aient voté le 3 novembre prochain.

Il n’empêche qu’en ce premier jour de l’été, sans préjuger d’une nouvelle glaciation politique outre-Atlantique, les craquements de la banquise Trump se font entendre de toutes parts. Et ce n’est pas le givre artificiel du rassemblement électoral de Tulsa (Oklahoma), samedi 20 juin au soir, qui conglomèrera les choses. Ce fut en effet un semi-échec, tant le camelot avait du mal à vendre sa camelote, tant le disque semblait rayé devant une audience clairsemée, tant la magie du Donald ne semblait plus fonctionner – même face aux seuls à vouloir y croire encore.

Trump ne fait pas salle comble à Tulsa, pour son premier meeting après le confinement : « Le dépistage est une épée à double tranchant. Plus vous testez, plus vous allez trouver de personnes contaminées. Alors je leur ai dit: “Ralentissez le dépistage !” » © FRANCE 24

Il fallait une dose de cynisme à toute épreuve pour clore ainsi, du point de vue trumpiste, la séquence de la mort de George Floyd le 25 mai à Minneapolis. Il s’agissait donc de remobiliser un électorat, perméable au racisme, sur les lieux mêmes où, au tournant du mois de juin 1921, avaient éclaté des « émeutes raciales » (race riots dans l’idiolecte yankee), c’est-à-dire un massacre commis par des Américains blancs contre d’autres Américains noirs – 100 à 300 morts au bout du compte mené 75 ans plus tard, après un long silence coupable et douloureux.

Et pour couronner la violence symbolique du meeting électoral ainsi voulu pour reconquérir l’opinion – celle des citoyens blancs ayant transféré en malaise identitaire leur précarité sociale –, M. Trump avait initialement convoqué son meeting le 19 juin, jour de célébration de l’émancipation des esclaves (le 19 juin 1865, alors que la guerre de Sécession avait pris fin), appelé Juneteenth outre-Atlantique.

Pour le coup, le métingue de Tulsa fut reporté au lendemain 20 juin, avec une ombre en perspective : la pandémie de Covid-19, toujours active, en dépit du déni trumpien. Une décharge fut du reste exigée de la part des participants à ce rassemblement dans un lieu couvert pouvant accueillir 20 000 personnes au coude à coude. Au reste, six membres de l’équipe de campagne étaient déjà contaminés à la veille d’une telle assemblée à haut risque sanitaire, annonçaient les médias non inféodés. Et ce, tout en répercutant les propos du célèbre épidémiologiste censé conseiller le versatile locataire de la Maison Blanche, le docteur Anthony Fauci. Celui-ci trouva saugrenu un tel concours de foule à Tulsa ; de même qu'il avait contesté la reprise, en septembre prochain, comme si de rien n'était, de la saison de football américain – s’attirant alors une verte réplique du président Trump.

La Ligue nationale de football américain (NFL), voilà peut-être le détail qui tue. Donald Trump a fait savoir qu’il ne regarderait pas les matches dont les joueurs mettraient un genou à terre pendant l’hymne national, invitant donc au même boycottage ses partisans. Or ceux-ci vont être pris dans un conflit de loyauté pénible. Autant il leur est facile de suivre les imprécations de « leur » président à l’encontre de la Chine, de l’Europe, ou encore des journaux éclairés de la côte ouest qu’ils ne lisent pas ; autant renoncer aux rencontres sportives parce que l’un des participants, peut-être adulé pour ses qualités, s’agenouille, pose un dramatique problème de conscience au for intérieur yankee…

Il suffit parfois de déciller sur un détail, pour que cesse la cécité volontaire. Alors la confiance se détricote, à mesure que s’ouvrent les yeux. Et il faut bien convenir que les occasions n’ont pas manqué, même pour les esprits les plus enclins à passer les outrances trumpiennes, de se dire « trop c’est trop », durant ces 15 derniers jours où le Quichotte rageur de la Maison Blanche s’est rué sur tous les moulins possibles.

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Le 11 juin, le président donnait l’image d’un furieux cherchant la castagne en s’écharpant, sur Twitter, avec les élus de Seattle, cette ville qu’il prétendait livrée à la canaille anarchiste. Voilà une vieille nouvelle ficelle, qui consiste à décrire, en l’amplifiant, le chaos des manifestations antiracistes comme la préfiguration du pandémonium qui règnerait dans tout le pays si Joe Biden était élu…

Le même jour, M. Trump menaçait la Cour pénale internationale (CPI) de sanctions économiques visant directement les responsables de cette juridiction – en vue de dissuader la Cour de poursuivre des militaires américains pour leur implication dans le conflit en Afghanistan.

Le 13 juin, c’était le fiasco de West Point. Le président parlait aux militaires, qui lui avaient signifié dix jours plus tôt qu’entre les institutions et lui, ils choisiraient les institutions. En effet, le 3 juin, l’homme de confiance que Donald Trump avait placé à la tête du Pentagone, Mark Esper, déclarait, au cours d’une conférence de presse étonnante : « En tant que secrétaire à la défense, mais aussi en tant qu’ancien soldat et ancien membre de la Garde nationale, j’estime que l’option de recourir à l’armée d'active dans un rôle de maintien de l’ordre ne devrait être utilisée qu’en dernier ressort et uniquement dans les situations les plus urgentes et les plus graves. Nous ne sommes pas dans l’une de ces situations pour le moment. Je ne suis pas favorable à recourir à l’Insurrection Act. »

Or, à West Point, la tactique de se focaliser sur les détails pour gommer l’essentiel, si souvent pratiquée par le Donald, se retourne contre lui. Il a du mal à porter un verre d’eau à ses lèvres, il marche à petits pas précautionneux en quittant la tribune. Le mensuel bostonien de gauche, The Atlantic, a beau remettre l’incident dans une perspective politique en rappelant que la poliomyélite de Roosevelt le rendait jadis beaucoup moins mobile que Trump aujourd’hui et que s’il est une maladie qu’il faut souligner chez l’actuel président, c’est bien cette maladie mentale qui fait de lui un menteur pathologique incapable de construire mais apte à tout détruire, le mal est fait. Le prétendu colosse a des pieds d’argile avérés.

Quand (une partie de) l'Amérique met en doute les capacités neurologiques de Donald Trump © NowThis News

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