Jean Wyllys, député brésilien gay: «Je suis parti du pays pour rester en vie»

Par Lea Fauth Et Niklas Franzen

Jean Wyllys, député fédéral au Brésil et figure de la lutte pour la communauté LGBT, a quitté son pays après avoir reçu des menaces de mort. Exilé en Europe, il dénonce les connexions entre le président d’ultra-droite, Jair Bolsonaro, et la violence exercée contre les minorités ethniques et sexuelles : « Nous avons compris que les menaces n’étaient pas une blague, que ce n’était pas qu’une intimidation. »

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Député fédéral à Rio de Janeiro pour le parti PSOL (Parti socialisme et liberté) et figure de lutte de la communauté LGBT, Jean Wyllys, 44 ans, a quitté son pays après avoir été l’objet de menaces de mort contre lui et sa famille. L’ancien député ne veut pas révéler la ville où il habitera désormais. Invité cette semaine par la fondation Rosa-Luxemburg à Berlin, Wyllys a participé à un colloque dans la capitale allemande, en présence d’environ 600 personnes.

Il explique à Mediapart comment la violence contre les minorités a explosé au Brésil depuis la campagne électorale.

À la fin du mois de janvier, vous avez annoncé ne plus retourner au Brésil et abandonner votre mandat de député fédéral. Pour quel motif ?

Je me suis exilé parce que je suis victime de menaces de mort depuis bien longtemps. Pendant un certain temps, je croyais que ces menaces avaient pour but de m’intimider et de me faire taire, et c’est comme ça que j’ai pu faire avec. Jusqu’à ce que, le 14 mars de l’année dernière, mon amie et collègue de parti qui avait été élue depuis peu au conseil municipal de Rio de Janeiro soit exécutée de façon barbare.

Jean Wyllys, député et figure de la communauté LGBT, a quitté le Brésil après des menaces de mort © LF Jean Wyllys, député et figure de la communauté LGBT, a quitté le Brésil après des menaces de mort © LF

Vous parlez de l’activiste et politicienne Marielle Franco.

Oui. Avec mes collègues de parti, nous avons compris à ce moment-là, que les menaces n’étaient pas une blague, que ce n’était pas qu’une intimidation. En plus des menaces par téléphone et par mail, je suis par ailleurs la cible d’une campagne de diffamation. Si on répète sans cesse qu’un député homosexuel est pédophile ou qu’il défend la pédophilie, alors on le transforme en ennemi public, en quelqu’un qu’il faut abattre.

De quelles autres diffamations avez-vous été l’objet ?

La plus grande fake news du second tour des élections [en automne 2018] me concernait. Bolsonaro a inventé une histoire selon laquelle j’aurais créé, en tant que député fédéral, un « kit gay ». Il a dit que j’allais être ministre de l’éducation sous Fernando Haddad et que ce « kit gay » allait être distribué dans toutes les écoles du pays, pour apprendre aux enfants à devenir gay et lesbienne. Que des biberons en forme de pénis allaient être distribués dans les crèches.

Si une majorité de la population vote pour un type pareil, en raison d’un tel mensonge, c’est que les gens veulent y croire, c’est qu’ils ont de la haine pour un homosexuel en position de pouvoir. Après que le candidat présidentiel ait dit de telles choses, les gens se sont sentis d’autant plus autorisés à les dire, et surtout, à employer de la violence physique.

Vous pensez à quoi ?

La caravane de Lula a été ciblée par des tirs, des militants du mouvement des sans-terre ont été assassinés, un artiste noir, Moa do Katendê, qui a enregistré avec Caetano Veloso, a été tué par des électeurs de Bolsonaro, et deux homosexuels à São Paolo ont également été tués par un électeur de Bolsonaro, pendant la campagne électorale.

Comment viviez-vous cette situation au quotidien, avant de quitter le Brésil ?

Il ne m’était plus possible d’aller au cinéma ou au restaurant. Je vivais avec une peur permanente, comme dans une prison privée. Avant, on disait de moi que j’étais quelqu’un d’ouvert envers les autres. La dernière fois que j’ai souri à quelqu’un dans la rue, cette personne m’a traité de fils de pute et de pédophile. La campagne électorale a été un enfer pour moi. Partout, je me suis fait insulter et menacer. J‘avais constamment une escorte de trois policiers autour de moi, pour garantir ma sécurité.

Maintenant, c’est très triste d’être loin de mon pays et de ne pas pouvoir faire mon travail en tant que député. Le Brésil est en train de vivre une des pires périodes de son histoire. C’est horrible d’être loin de ses amis et de sa famille, de devoir pleurer seul. Depuis mon départ, les menaces de mort vis-à-vis de ma famille se multiplient. Des menaces par téléphone, par mail : ils disent qu’ils vont tuer mes frères et sœurs, qu’ils vont couper la tête de ma mère.

Qui est derrière les fake news et les menaces contre vous ?

Il y a un rapport direct entre ceux qui me menacent de mort, ceux qui produisent les fake news, et la famille Bolsonaro. Bolsonaro avait été député depuis des années déjà, lorsque j’ai commencé mon mandat. Il a réussi a placer ses trois fils au parlement. Il y avait donc une seule famille avec quatre personnes qui se servait des institutions pour me diffamer.

 

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