La Nouvelle IRA s’excuse après la mort d’une journaliste en Irlande du Nord

Par Audrey Parmentier

La Nouvelle IRA, un groupe nationaliste irlandais dissident, a présenté lundi 23 avril ses excuses pour la mort de la journaliste Lyra McKee, tuée par balle jeudi soir lors d’affrontements à Londonderry, en Irlande du Nord. Nous republions notre enquête sur ce collectif composé d'une centaine de personnes.

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La Nouvelle IRA, un groupe nationaliste irlandais dissident, a présenté lundi 23 avril ses excuses pour la mort de la journaliste Lyra McKee, tuée par balles jeudi soir lors d'affrontements à Londonderry, en Irlande du Nord.

Admettant pour la première fois sa responsabilité dans ce qu'elle décrit comme un événement « tragique », la Nouvelle IRA présente ses « sincères et entières excuses » à la famille, le partenaire et les amis de la jeune femme. Lyra McKee, qui était âgée de 29 ans, préparait un livre sur des disparitions de jeunes gens pendant les trente années de guerre civile en Irlande du Nord entre 1968 et 1998, auxquelles ont mis fin il y a vingt et un ans les « accords du Vendredi saint ».

Selon la Nouvelle IRA, la journaliste a été atteinte par une balle alors qu'elle se tenait à côté de policiers « lourdement armés » en direction desquels un militant nationaliste a ouvert le feu. « Nous avons demandé à nos volontaires de faire preuve à l'avenir de la plus grande prudence lorsqu'ils engagent l'ennemi et de mettre en place des mesures pour contribuer à ce que ce soit le cas », dit l'organisation dans la déclaration adressée lundi soir à l'Irish News.

La Nouvelle IRA est un des petits groupes extrémistes qui s'opposent aux « accords du Vendredi saint » et qui militent pour la réunification des deux Irlande. La police d'Irlande du Nord a annoncé mardi l'arrestation d'une femme de 57 ans dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Lyra McKee. Elle avait annoncé samedi l'arrestation de deux hommes de 18 et 19 ans, mais ceux-ci ont été relâchés par la suite.

Ces événements font craindre une reprise des violences dans un contexte exacerbé par la sortie annoncée du Royaume-Uni de l'Union européenne et le possible rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande.

Nous republions notre article sur la Nouvelle IRA, mis en ligne le 27 janvier dernier, alors que le collectif était soupçonné d’avoir perpétré l’attaque à la voiture piégée du 19 janvier, à Londonderry.

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Dublin (Irlande), correspondance.– Sur quelques murs de Derry, appelée aussi Londonderry, quatre lettres noires sont parfois inscrites : « NIRA ». Ce sont les initiales de la Nouvelle IRA (armée républicaine irlandaise). Ce petit groupe terroriste formé en 2012 est suspecté par les enquêteurs nord-irlandais d’avoir perpétré l’attaque à la bombe, qui n’a fait aucune victime, samedi 19 janvier dans le centre-ville.

Composée d’une centaine de personnes, la Nouvelle IRA milite pour une Irlande unifiée et n’hésite pas à faire usage de la violence. Son objectif est simple : sortir du giron britannique coûte que coûte.

La Nouvelle IRA est le produit d’une scission au sein de l’IRA provisoire. Pour comprendre cela, il faut revenir en 1968, année où commence la guerre civile nord-irlandaise : les Troubles. Entre 1968 et 1997, les catholiques républicains (tournés vers l’Irlande) s’opposent aux protestants unionistes (attachés à la couronne britannique). L’IRA provisoire se bat pour l’indépendance complète de l’Irlande vis-à-vis de la monarchie du Royaume-Uni.

En 1998, les accords du Vendredi saint mettent fin à trente ans de conflit et l’IRA provisoire dépose les armes en 2005. Mais la paix est loin de réjouir tout le monde. « Certains dissidents républicains ont souhaité poursuivre la lutte armée. Pour eux, tant que l’Irlande du Nord est britannique, le combat n’est pas terminé », explique Jonathan Tonge, professeur à l’université de Liverpool et spécialiste du terrorisme. Ceux qui veulent poursuivre la bataille forment l’IRA véritable. Selon le chercheur, « l’IRA véritable est une organisation meurtrière responsable de l’attentat d’Omagh, faisant 29 morts, le 15 août 1998, soit quatre mois après les accords de paix ».

Scène d'attentat à Londonderry, en Irlande du Nord, le 20 janvier 2019. © REUTERS/Clodagh Kilcoyne Scène d'attentat à Londonderry, en Irlande du Nord, le 20 janvier 2019. © REUTERS/Clodagh Kilcoyne

En 2012, l’organisation paramilitaire devient la Nouvelle IRA après sa fusion avec plusieurs groupes dissidents et l’Action républicaine contre la drogue (RAAD). Cette dernière, très influente à Londonderry, s’attaque aux trafiquants de drogue avant de prendre pour cible les forces de l’ordre. En novembre 2012, la Nouvelle IRA est responsable de la mort de l’officier de prison David Black, près de Lurgan, au sud-ouest de Belfast. C’est le premier à être tué depuis 1993.

« La Nouvelle IRA n’accepte pas les compromis du Sinn Féin [parti républicain irlandais – ndlr] et l’abandon de l’IRA provisoire. Pour eux, ils ont trahi leur communauté », décrypte Jonathan Tonge. Les membres de la Nouvelle IRA sont dispersés le long de la frontière ouest nord-irlandaise. Ils se réfugient dans les villes de Tyrone et Londonderry, connues pour abriter quelques bastions de dissidents républicains. Anciens combattants et jeunes de moins de vingt ans se mélangent autour d’un objectif commun. « Certains n’ont même pas connu les Troubles, ce sont simplement des jeunes hommes désœuvrés », commente le professeur.

Si ses rangs sont moins nombreux que ceux de l’IRA provisoire, l’organisation terroriste est aussi plus modeste en termes d’équipements. En effet, elle s’est emparée des armes laissées ou volées à la défunte IRA provisoire. « Alors que l’IRA provisoire bénéficiait de l’argent des Irlandais basés aux États-Unis et utilisait des armes provenant de Libye, la Nouvelle IRA gagne de l’argent grâce aux vols et au trafic », explique Jonathan Tonge. Les activités de contrebande, dont la vente illicite de cigarettes, sont les principales sources de financement de l’organisation terroriste, selon la police nord-irlandaise.

« D’après ce que j’ai entendu, les membres de la Nouvelle IRA taxent aussi les vendeurs de drogue », raconte Anthony McIntyre, ancien membre de l’IRA provisoire. Il a passé dix-huit ans incarcéré dans la prison de Maze, en Irlande du Nord. Pour l’ex-paramilitaire, la Nouvelle IRA ne serait qu’une « imitation » de l’IRA provisoire. « L’organisation n’est pas très importante, je ne m’intéresse pas à ce qu’ils font. Ils sont arrogants et traitent leur communauté avec mépris », déclare-t-il, lui qui connaît d’anciens compagnons ayant rejoint leurs rangs. « Je m’oppose à leurs méthodes violentes, poursuit-il. Ils ont très peu de soutien au sein de la population civile. La plupart des gens ont critiqué l’attaque qui a eu lieu le 19 janvier. »

Mais du côté politique, la Nouvelle IRA bénéficierait de quelques appuis. « Beaucoup de personnes pensent que le parti d’extrême gauche Saoradh serait la branche politique de la Nouvelle IRA », confie l’ancien paramilitaire.

Dans l’une des artères du centre-ville de Derry/Londonderry, le siège du parti se distingue par sa devanture orange et verte. L’un des représentants de Saoradh, Paddy O’Gallchobhair, rejette toute proximité avec la Nouvelle IRA. Sans pour autant condamner l’attaque du 19 janvier. Né en 2016, à l’occasion du centenaire de l’insurrection de Pâques, le parti politique tente d’exploiter la question du Brexit pour relancer le débat autour d’une Irlande unifiée. Que ce soit à Bruxelles ou à Londres, tous les yeux sont rivés sur la frontière irlandaise et les dissidents républicains comptent bien profiter de ce coup de projecteur.

Cependant, selon Aaron Edwards, professeur à l’Académie royale militaire de Sandhurst, il ne faut pas surestimer le rôle du Brexit. « Depuis le référendum en 2016, les attaques n’ont pas augmenté comme on pourrait le croire », avertit le spécialiste. Avant d’étayer son propos : « Les dissidents républicains étaient déjà identifiés comme une menace à la sécurité nationale par les services britanniques entre 2010 et 2015. D’ailleurs, ils ont réussi à infiltrer la Nouvelle IRA, rendant leurs attaques difficiles à mettre en œuvre. Les dissidents sont frustrés. Samedi 19 janvier, c’était la première fois depuis longtemps que leur projet allait aussi loin… »

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