L'ode de François Hollande à Gerhard Schröder

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À l’occasion du 150e anniversaire du parti social-démocrate allemand, le SPD, jeudi à Leipzig, le président de la République a loué les « réformes courageuses » de l’ancien chancelier allemand. Un exemple de plus de l’ancrage social-démocrate du chef de l'État.

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C’est un discours qui ressemble à François Hollande. Celui d’un socialiste rangé depuis longtemps à la social-démocratie, qui ne l’assume jamais tout à fait, mais assez pour rendre un hommage appuyé à l’ancien chancelier Gerhard Schröder.

Jeudi, le président de la République était à Leipzig pour célébrer le 150e anniversaire du parti social-démocrate allemand, le SPD. Il n’y est pas allé pour s’inviter dans la campagne législative allemande : le scrutin est prévu fin septembre et l’Élysée est convaincu qu’Angela Merkel reste la grande favorite, au mieux dans le cadre d’une grande coalition avec le SPD. La chancelière allemande était d’ailleurs présente à Leipzig.

« Cette cérémonie transcende les clivages politiques, les calculs électoraux et les frontières géographiques », a lancé en préambule le chef de l’État. Angela Merkel s’était pourtant engagée publiquement en faveur de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle.

Discours à l'occasion du 150ème anniversaire du Parti Social-Démocrate d'Allemagne © Présidence de la République
François Hollande en a plutôt profité pour louer les mérites historiques de la social-démocratie allemande. Ce sont alors les exemples choisis et les noms cités qui révèlent l’imaginaire politique du président français. S’il s’est à nouveau dit « socialiste », c’était surtout pour ménager les militants de son propre parti. Mais il n’y a donné aucun contenu. Il a surtout cherché à montrer en quoi « socialiste » et « social-démocrate » étaient devenus très proches, quoiqu’en disent, d’un côté, l’aile gauche du PS ou, de l’autre, les éditorialistes parisiens convertis au social-libéralisme et qui appellent depuis des années à la conversion définitive de la gauche française.

C’est ainsi qu’il faut comprendre la référence, sulfureuse pour une partie du PS, au congrès de Bad-Godesberg, en 1959, au cours duquel le SPD rompit définitivement avec la lutte des classes et entama sa conversion au marché. « Que de fois, ai-je entendu en France, des esprits bien intentionnés me demandant de faire à mon tour une déclaration de Bad-Godesberg comme preuve de ma modernité, de mon réalisme, de mon réformisme ! Ils l'ont fait à chaque fois que les socialistes français sont venus aux responsabilités et, à chaque fois, les socialistes français ont démontré qu'ils étaient capables de partir du réel pour aller jusqu'au bout de leur idéal », a affirmé François Hollande, tout sourire.

Avant d’ajouter : « Je leur réponds que tout n'est pas transposable, que nos pays sont différents ; que nos cultures politiques, syndicales sont singulières. Mais je garde de la social-démocratie le sens du dialogue, la recherche du compromis et la synthèse permanente entre la performance économique et la justice sociale. » Une manière de dire – sans le dire – que le PS a depuis longtemps effectué sa mutation tout en refusant de copier intégralement la doctrine du SPD, plus centriste que le PS.

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