«Lézardes», voix des enfants du génocide rwandais

Par Jean-Yves Potel (En attendant Nadeau)

Dans son précédent recueil, Beata Umubyeyi Mairesse donnait la parole à des femmes de l’avant et de l’après génocide des Tutsis, au Rwanda. Dans Lézardes, nous entendons des voix d’enfants. Ce sont des textes doux comme des contes murmurés par la mère, mais aussi des récits d’où sort la violence de la mort.

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Beata Umubyeyi Mairesse ne réunit pas des « témoignages » ou des récits journalistiques, elle fait œuvre littéraire en restituant des paroles d’enfant qui se souviennent de bribes, ou fait œuvre de mère qui observe ses enfants, aujourd’hui, en se remémorant sa propre expérience de 1994. Les points de vue varient. En les disant comme des fables, avec envoûtement nécessaire, l’auteure assimile ces récits brefs à autant de « lézardes » : « Les adultes construisent tout autour des enfants un joli mur bariolé supposé les protéger de ce qui fait mal dans la vraie vie. Très vite pourtant, et parfois sans que quiconque en prenne conscience, les premières lézardes apparaissent sur le joli mur de couleur. » Elles attirent, fascinent l’enfant. « Les lézardes se promènent tout au long du mur et nos beaux mensonges ressemblent à des rides sur un visage prématurément fatigué. » Elles deviennent la « triste topographie des non-dits ». Beata Umubyeyi Mairesse a elle-même échappé de justesse au génocide, à l’âge de 15 ans. « Trois mois de survie. Le refuge d’une cave. La mort qui gronde tous azimuts », nous dit son éditrice.