Où va l'Iran ?

Par

Alors que Téhéran menace de fermer le détroit d'Ormuz et que l’Union européenne (après les Etats-Unis) lui impose de nouvelles sanctions, la tension monte d’un cran dans la région du Golfe et révèle un Etat de plus en plus isolé. Un article de Nadia Aissaoui et Ziad Majed.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Un article de Nadia Aissaoui et Ziad Majed

Alors que Téhéran menace de fermer le détroit d'Ormuz et que l’Union européenne (après les Etats-Unis) lui impose de nouvelles sanctions, la tension monte d’un cran dans la région du Golfe et révèle un Etat de plus en plus isolé. Pour comprendre la situation, il faut rappeler ce qui a fait ces dernières années de l’Iran un acteur puissant, et néanmoins vulnérable, dans la région.

La république islamique d’Iran, qui a tiré profit de la montée des prix du pétrole entre 2002 et 2008 et qui s’active à développer son armement et à construire un programme nucléaire, a gagné en puissance d’un point de vue stratégique depuis la chute des régimes des Talibans, fin 2001, en Afghanistan, sur ses frontières est et du Baath irakien de Saddam Hussein, en 2003, sur ses frontières ouest. Elle s’est libérée du fardeau qui consistait à traiter avec deux régimes qui lui étaient hostiles.

D’emblée, elle a exploité l’existence d’alliés dans les deux pays (en particulier en Irak) afin de s’aménager une présence directe sur les nouveaux «terrains» occupés par les Américains. Elle y a joué un rôle dans l’aggravation des troubles politiques et sécuritaires en soutenant notamment des groupes qui combattaient les troupes américaines et qui, surtout, s’affrontaient entre eux. L’objectif était de renforcer sa position de négociation ou de confrontation avec Washington afin de se placer en partenaire incontournable dans toute gestion de la phase de transition post-retrait de Bagdad et de Kaboul.  

D’autres facteurs ont permis à l’Iran de devenir un acteur régional essentiel, le plus notable étant son engagement dans le conflit israélo-palestinien en tant que grand soutien aux mouvements Hamas et Jihad islamique. A cela s’ajoute sa relation organique (idéologique, financière et militaire) de longue date avec le Hezbollah libanais. La guerre entre ce dernier et Israël en 2006 n’a fait que confirmer ce fait et renforcer davantage l’Iran politiquement et militairement sur la frontière même de l’Etat hébreu.

Par ailleurs, l’alliance entre Téhéran et Damas (en place depuis 1980) a non seulement facilité la connexion avec le Hezbollah, mais a également procuré à l’Iran une profondeur stratégique et un accès à la Méditerranée.

Ainsi déployé, Téhéran a acquis une capacité à endiguer ses adversaires et les ennemis de son programme nucléaire de façon à les menacer à travers ses alliés, s’ils envisageaient une quelconque offensive contre ses sites. Des menaces qui vont de simples déclarations à l’activation de foyers de tensions et d’affrontements sur divers fronts pour brouiller les cartes.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

Nadia Aissaoui est sociologue, Ziad Majed est enseignant à l’Université américaine de Paris. Pour Mediapart, ils tiennent chaque semaine une chronique d'un monde arabe en ébullition : les révolutions en cours, les grands débats, les informations passées inaperçues en France, la place des femmes, la place de l'islam, etc. (voir en “Prolonger”). A ces chroniques s'ajoutent celles de Tewfik Hakem, «Vu des médias arabes».

Le site de Ziad Majed : www.ziadmajed.net/

Le site de Nadia Aissaoui : www.medwomensfund.org/