Brexit: les 27 assurent qu’il n’y a pas d’alternative au projet d’accord

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Le feu vert des 27, ce dimanche 25 novembre, à Bruxelles, sur les termes du divorce avec le Royaume-Uni ouvre la voie au processus de ratification parlementaire de ce texte très technique, à Westminster comme au Parlement européen de Strasbourg.

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Les ultimes crispations de l’Espagne sur Gibraltar, ou celles de la France sur les futurs droits de pêche dans les eaux territoriales britanniques, n’ont finalement pas fait capoter le sommet exceptionnel sur le Brexit : les 27 ont validé dimanche 25 novembre, à Bruxelles, les termes du divorce du Royaume-Uni avec l’UE, négociés depuis mars 2017 entre Londres et Bruxelles.

Les conclusions du sommet, à lire ici, sont minimalistes et se résument en trois points. En plus du feu vert sur les termes du divorce, qui pourraient entrer en vigueur à partir de fin mars 2019, les dirigeants européens ont ébauché une déclaration politique qui va guider les négociations – encore à venir, celles-là – sur la nouvelle relation qui liera Londres et Bruxelles. Enfin, ils félicitent le négociateur en chef du camp européen, Michel Barnier, « pour sa contribution au maintien de l’unité des États membres de l’UE ».

Mediapart a déjà analysé ici les points saillants d’un projet d’accord de plus de 500 pages, souvent très techniques, publié mi-novembre.

Mais tout cela n’est, à ce stade, que fiction. Theresa May, la cheffe du gouvernement britannique, sait qu’elle ne dispose pas, a priori, de majorité au Parlement britannique, pour faire adopter ce texte. Un vote pourrait intervenir en décembre, « avant Noël », a estimé May lors d’une conférence de presse dimanche à Bruxelles.

Le parti travailliste de Jeremy Corbyn et les indépendantistes écossais du SNP considèrent qu’il est encore possible d’améliorer ce projet de texte. L’aile la plus anti-UE des conservateurs ne veut même pas en entendre parler. En cas de rejet du texte à Westminster, le scénario du « no deal » – une absence d’accord que certains commentateurs décrivent comme un « saut de la falaise » – s’imposerait.

May, déjà fragilisée par plusieurs démissions de ministres ces derniers jours, va donc mener campagne dans les semaines à venir pour convaincre les députés, en particulier les plus pro-européens, de voter pour le texte. Son argument est basique : même si ce texte n’est pas parfait, explique-t-elle en substance, il n’y en a pas d’autres sur la table, et l’option d’un « no deal » s’annonce catastrophique pour le pays. Cette rhétorique suffira-t-elle à convaincre des réfractaires de voter pour le texte, en bout de course ?

Les dirigeants européens, en tout cas, l’ont bien compris. « C’est le maximum de ce que l’on peut faire, Theresa May et son gouvernement, mais aussi l’UE. Il n’y a pas de vainqueurs, personne ne gagne ici, on est tous perdants », a jugé Mark Rutte, le premier ministre néerlandais dimanche. Quant à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, il a expliqué qu’il n’y avait pas d’autre alternative à cet accord : « C’est le meilleur accord possible pour le Royaume-Uni et pour l’Europe. Je suis entièrement convaincu que c’est le seul accord possible », a-t-il lancé.

Et le Luxembourgeois d’insister, à l’adresse de certains députés britanniques : « Ceux qui pensent qu’en s’opposant au projet d’accord, ils pourront négocier par la suite un meilleur accord, seront déçus dès les premières secondes qui suivront le rejet de ce projet d’accord. »

Le chef du gouvernement irlandais, Leo Varadkar, a entonné le même refrain, assurant qu’« il n’existe pas de plan B » : « Nous ne voulons pas créer l’impression trompeuse qu’un autre accord, meilleur, soit possible pour le Royaume-Uni. » De son côté, Michel Barnier a exhorté chacun, et en particulier les élus britanniques, « à prendre [leurs] responsabilités ». Ces injonctions sont-elles encore audibles outre-Manche ? Réponse d’ici la fin de l’année.

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