Au royaume imaginaire (et merveilleux) de Donald Trump

Par

Il est arrivé au président américain d’inventer un pays – la « Nambie » en septembre 2017 –, mais il est aussi fort pour inventer son propre pays. C’est ce à quoi on assiste depuis lundi à la convention républicaine.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Donald Trump a fait du régime chinois l’ennemi principal – accusé de tous les maux, en particulier d’avoir provoqué la pandémie de coronavirus –, mais cela ne l’empêche pas de lui emprunter toutes les techniques de manipulation de l’opinion.

Regarder la convention nationale républicaine, qui se déroule entre Charlotte, Caroline du Nord, et des écrans – Covid-19 oblige – rappelle les grand-messes politiques soigneusement orchestrées par les Chinois, des maîtres dans l’art de la propagande. Sur Twitter, un journaliste américain s’est d’ailleurs amusé à mêler images de la convention et celles du gala télévisé du Nouvel An chinois. Et cela fonctionne bien.

© Tony Lin

L’art de la propagande, une idée de titre pour un prochain livre du 45e président états-unien après son célèbre Art of the Deal (L’Art de la négociation). Depuis lundi, les « fact-checkers » du New York Times et du Washington Post n’ont pas chômé. Au royaume des « faits alternatifs », la vérité est la première victime et les pauvres journalistes ont du boulot.

Pas ceux de Fox News qui participent pleinement à la fiction trumpienne. Un de ses éditorialistes a même loué « la plus grande télé-réalité sur terre » « Toute bonne convention doit raconter une histoire et les trumpistes savent ce qu’est leur histoire et comment ils veulent la raconter. Ils sont passés sans problème de l’attaque à la défense, utilisant magnifiquement à la fois le bilan du président et même sa personnalité grossière. »

Donald Trump au premier jour de la Convention lundi 24 août. © Brendan Smialowski/AFP Donald Trump au premier jour de la Convention lundi 24 août. © Brendan Smialowski/AFP

Dans cette fiction, chacun joue son rôle – y compris Trump pour présenter son premier mandat comme un « succès éclatant » – dans ce concert de louanges pour le dépeindre en sauveur des États-Unis et les démocrates en danger pour le « rêve américain », l’« American Way of Life » et même pour les suburbs (les banlieues résidentielles), si l’on en croit les McCloskey qui ont menacé avec leurs armes des manifestants pacifiques de Black Lives Matter en juin et sont intervenus lundi. The Atlantic relève que le couple est connu pour avoir porté plainte à répétition contre leurs voisins et des membres de leur famille.  

Qu’importe, puisque l’objectif premier est de gagner l’élection présidentielle, tous les moyens sont bons et on assiste depuis lundi, selon le New York Times, à un « révisionnisme radical » sur nombre de sujets importants, qu’il s’agisse de la gestion du Covid-19 ou des relations raciales. 

« Parfois, les orateurs et les vidéos préenregistrées semblaient décrire une réalité alternative : une réalité dans laquelle la nation n’approchait pas les 180 000 décès dus au coronavirus ; dans laquelle M. Trump n’avait pas systématiquement ignoré les avertissements sérieux concernant la maladie ; dans laquelle le président n’avait pas passé une grande partie de son mandat à faire appel ouvertement à la xénophobie et à l’animosité raciale ; et dans laquelle quelqu’un d’autre que M. Trump avait présidé une économie qui a commencé à s’effondrer au printemps », écrit le journal.

Ainsi, depuis son arrivée au pouvoir en 2016, le président américain n’a cessé de saper les alliances traditionnelles mises en place après la Seconde Guerre mondiale, en particulier l’OTAN. Mais, si l’on écoute mardi Mike Pompeo, le secrétaire d’État, qui est intervenu depuis la « terre sacrée » de Jérusalem, où il se trouve en visite officielle – en violation de la loi fédérale qui interdit aux employés fédéraux tout activisme politique lorsqu’ils sont en fonction –, Trump a rendu l’Alliance atlantique « plus forte ».

Il est arrivé au président américain d’inventer un pays – en septembre 2017, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, il avait loué le système de santé de la « Nambie » –, mais il est aussi fort pour inventer son propre pays. Et il n’est pas besoin d’avoir paresseusement recours à George Orwell (« La guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ») pour comprendre ce qui se passe. 

Dans Jacobin, Branko Marcetic estime cependant que la convention nationale républicaine est « un horrible miroir inversé de la convention démocrate de la semaine dernière ». Chaque camp tisse ses propres fictions. Au fact-checking du New York Times répond celui de Fox News. Mais, comme le souligne Marcetic, « ces partis ont besoin l’un de l’autre ». « C’est la folie croissante du GOP [Grand Old Party, le parti républicain – ndlr] qui maintient les électeurs libéraux effrayés satisfaits des maigres miettes de progrès promis et inégalement livrés par les démocrates ; et c’est l’abandon du New Deal par le parti démocrate et l’adoption d’un libéralisme entrepreneurial superficiel qui fait que les électeurs de la classe ouvrière blanche continuent à affluer vers un GOP qui ne fait que les utiliser et les tromper. »

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous