Dans les prisons iraniennes, comment cohabiter avec Al-Qaïda

Par et Faranguis Habibi (Traduction)

Emprisonné pendant sept ans, de 2009 à 2016, le journaliste Bahman Amoui a partagé pendant dix mois sa cellule avec dix extrémistes sunnites. Il a cherché à dialoguer avec eux et à les comprendre. Une quête très difficile qui livre un constat inquiétant sur la présence d’Al-Qaïda en Iran, en particulier au Kurdistan.

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Le double attentat perpétré le 7 juin 2017 à Téhéran contre le Majlis et le mausolée de l’imam Khomeyni a montré que l’État islamique (EI) était aussi à l’œuvre en Iran, comme il l’est dans toute la région. Ce n’était pas en soi une surprise : voilà plusieurs années que les forces de sécurité iraniennes traquent les extrémistes sunnites et démantèlent régulièrement des réseaux liés à l’EI et à Al-Qaïda. Ce qui a, en revanche, étonné les observateurs iraniens, c’est la nature du commando : il était constitué de Kurdes iraniens. Et non de Baloutches – il existe un groupe terroriste sunnite extrêmement violent au Sistan-et-Baloutchistan iranien (province majoritairement sunnite), le Joundallah (les Soldats de Dieu) –, ni d’Arabes sunnites de la province du Khouzistan (sud de l’Iran), non plus que d’immigrés afghans de cette même confession. Figure du journalisme iranien, spécialisé dans l’économie, arrêté pendant « la Vague verte » – les grandes manifestations contre les résultats des élections présidentielles de 2009, qui virent la réélection pour le moins contestée de Mahmoud Ahmadinejad –, Bahman Ahmadi Amoui livre un témoignage exceptionnel sur la présence d’Al-Qaïda dans les geôles iraniennes.