Total suspend ses forages offshore en Guyane

Par Marion Briswalter

Le groupe Total annonce qu’il suspend ses activités offshore en Guyane. Le président de la collectivité territoriale s’est dit déçu de cette décision, motivée par les échecs successifs rencontrés depuis 2012 par Shell et Total sur la zone.

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Cayenne (Guyane), de notre correspondante. – Le groupe pétrolier Total a annoncé mercredi 27 février son départ des eaux guyanaises. Le géant pétrolier français ne poursuit plus ses activités offshore en Guyane faute d'avoir « confirmé » un « potentiel pétrolier » dans la concession Guyane Maritime, explique à Mediapart Olivier Wattez, le directeur général de Total Exploration et Production Guyane Française (TEPGF).

« La réalité géologique », c'est qu’« il n'y a pas de pétrole » au large de Cayenne, d'après l'analyse du groupe Total, selon Wattez. Les opérations en pleine mer ont été stoppées « il y a quelques jours », précise-t-il.

Mi-décembre, un navire était arrivé sur site, à 150 kilomètres des côtes guyanaises, pour réaliser un puits dit « profond », d'environ 5 000 mètres sous le niveau de la mer. Selon le dossier de l'industriel, la zone visée « correspond[ait] au prospect le plus important en ressources potentielles (de 500 à 1 000 millions de barils) ».

Le carottage devait impérativement se montrer concluant pour la poursuite des opérations – jusqu'à quatre forages supplémentaires étaient alors envisagés. La manœuvre, qui avait braqué les associations de défense de l'environnement, avait été autorisée par le préfet, malgré l'absence de débat public.

Même si, le 14 septembre 2017, le groupe français avait obtenu une prolongation par arrêté ministériel pour « circonstances exceptionnelles », Total ne disposait que de peu de temps dans cette affaire. S'il considérait que le gisement était rentable, il devait déposer une demande d'autorisation d'exploiter avant le 1er juin 2019.

Seulement, pas plus qu'il n'avait été démontré « un potentiel » dans la partie est de Guyane Maritime en 2012-2013, il n'a été mis en évidence aujourd'hui un gisement important dans la zone dite centrale. À l'époque, le consortium comprenant Shell en actionnaire majoritaire (à 45 %) et Total (à 25 %) s'était cassé les dents à cinq reprises après avoir annoncé une année plus tôt avoir mis au jour un gisement de « 300 millions à un milliard de barils de brut » à – 6 000 mètres de profondeur.

Les industriels supposaient l’existence d’un système pétrolier au large de Cayenne identique à celui des gisements du golfe de Guinée. « En général, on n'a que 20 % de succès en moyenne » lors des explorations, se contente-t-on de commenter, chez Total.

Étendue sur 24 000 km2, la concession avait été à l’origine accordée à la société Planet Oil Limited par arrêté ministériel en 2001. La zone aura fait l’objet de travaux exploratoires importants, comprenant des balayages sismiques sur 8 000 km². Puis des activités de forage, dont le coût opérationnel avoisinait en 2012 le million d'euros par jour.

Le président de la collectivité territoriale de Guyane (CTG), Rodolphe Alexandre – un soutien de Nicolas Sarkozy puis d'Emmanuel Macron – qui mène une politique favorable à l'extraction des matières premières, estimait début février « urgent [...] de se doter, après l’industrie spatiale, d’une seconde locomotive économique comme seule peut l’être, à court terme, l’industrie minière ».

À l'annonce du retrait de Total, le président de la CTG a signalé sa « déception ». Avant de quitter Guyane Maritime, le groupe français devra s'acquitter des « 10 millions d'euros » promis à la CTG pour la création d’un « fonds d’investissement » pour les entreprises qui souhaitent obtenir des « prêts à taux bonifiés, garanties financières, investissements en fonds propres… » et pour les organisations du secteur de la pêche, qui furent, un temps, hostiles aux industriels pétroliers.

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