Moines de Tibéhirine: un chef de la DGSE évoque des documents inédits

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Après les documents disparus, les documents cachés. Interrogé comme témoin le 15 mars, l'ancien chef de poste à Alger des services secrets (DGSE), Pierre Le Doaré, a fait comprendre au juge Trévidic que le gouvernement lui avait caché plusieurs rapports classifiés.
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Après les documents disparus, les documents cachés. Interrogé le 15 mars par le juge antiterroriste Marc Trévidic, l'ancien chef de poste à Alger des services secrets français (DGSE), Pierre Le Doaré, a fait comprendre au magistrat que le gouvernement lui avait caché plusieurs rapports classifiés dans l'affaire des moines de Tibéhirine, selon le procès-verbal de son audition dont Mediapart a pu prendre connaissance.

L'espion à la retraite a en effet indiqué au juge que seules des notes de synthèse de la Direction générale des services extérieurs (DGSE), rédigées depuis Paris, lui avaient été communiquées par les autorités françaises, alors que l'antenne d'Alger de la DGSE, que Pierre Le Doaré a dirigée de 1994 à 1996, avait produit plusieurs rapports «à chaud» sur l'affaire des moines de Tibéhirine.

Les moines de Tibéhirine © DR Les moines de Tibéhirine © DR
Aujourd'hui à la retraite, Pierre Le Doaré, 68 ans, a quitté son poste fin juin 1996, soit un mois après le tragique dénouement de l'enlèvement des sept ecclésiastiques français du monastère de Tibéhirine, situé à 90 km au sud d'Alger.

Tombés aux mains des Groupes islamistes armés (GIA) dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, les religieux ont été tués deux mois plus tard – la date exacte n'est pas connue. Seules les têtes des moines ont été retrouvées le 30 mai, certaines dans un sac suspendu à un arbre, au bord d'une route.

Sous l'impulsion du juge Trévidic, qui a récupéré en 2007 l'affaire après le départ de la magistrature de son prédécesseur contesté, Jean-Louis Bruguière, l'enquête judiciaire a radicalement changé d'orientation.

D'une part, l'attaché militaire de l'ambassade de France à Alger au moment des faits, le général Buchwalter, a révélé au juge, le 25 juin 2009, que les sept religieux français n'avaient pas été assassinés par les terroristes des GIA, mais sans doute tués à la suite d'une bavure de l'armée algérienne.

D'autre part, le juge a recueilli plusieurs éléments nouveaux pouvant laisser penser que deux dignitaires des GIA, Djamel Zitouni et Abderrazak El-Para, soupçonnés d'avoir fomenté et participé au rapt des moines, étaient en réalité manipulés par l'appareil sécuritaire algérien.

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