Québec: un sympathisant d’extrême droite est l’auteur de l’attentat

Par Rémi Leroux

Un étudiant en sciences politiques de 27 ans, décrit comme « suprématiste, pro-Trump et pro-Le Pen », est l’auteur de l’attaque dans une mosquée de Québec, qui a fait six morts et de nombreux blessés. Son acte a provoqué une vague d’émotion à travers toute la province. Il ravive la colère face à une xénophobie qui ne cesse de progresser.

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Montréal (Canada), correspondance.-  Asmae Jbala Saoudi et sa fille Roya ont bravé le froid, lundi 30 janvier en fin d'après-midi à Montréal, pour rejoindre les milliers de Québécoises et de Québécois venus rendre hommage place de la Gare-Jean-Talon aux victimes de l’attentat perpétré la veille dans une mosquée de la capitale provinciale.

Vers 19 h 45 dimanche, une cinquantaine de fidèles étaient réunis au rez-de-chaussée du Centre culturel islamique de Québec, la grande mosquée de la ville, pour assister à la dernière prière de la journée, lorsqu’un homme armé et cagoulé a fait irruption. Les femmes et les enfants se trouvaient alors à l’étage. Le tireur a ouvert le feu à plusieurs reprises, tuant six personnes et en blessant dix-neuf, dont cinq grièvement, avant de prendre la fuite en voiture. Moins d’une demi-heure plus tard, il appelait la police de Québec, affirmant être impliqué dans la fusillade et souhaitant « parler de son geste », selon les enquêteurs.

Alexandre Bissonnette, 27 ans, auteur de la tuerie. © (photo extraite de Facebook) Alexandre Bissonnette, 27 ans, auteur de la tuerie. © (photo extraite de Facebook)

Interpellé près du pont de l’Île-d’Orléans, à une vingtaine de kilomètres de la capitale provinciale, au bord du fleuve Saint-Laurent, le jeune homme a été incarcéré dans la soirée de dimanche. Alexandre Bissonnette est âgé de 27 ans. Il est étudiant en sciences politiques à l’Université Laval. Il est, selon le collectif Bienvenue aux réfugié-es de la région de Québec, « connu pour ses prises de position identitaires, pro-Le Pen et anti-féministes à l’université Laval et sur les réseaux sociaux ».

Pro-Israël, pro-Trump, anti-féministe et anti-immigrants, il « likait » régulièrement les pages Facebook du nouveau président américain et de Marine Le Pen. Selon Le Journal de Montréal, une de ses connaissances, Éric Debroise, a contacté les policiers, après le drame, pour les informer sur ses idéaux « très à droite et ultra-nationaliste suprématiste blanc », explique-t-il.

Déféré au palais de justice de Québec lundi 30 en fin de journée, le jeune homme a été formellement accusé de six meurtres prémédités et de cinq tentatives de meurtre. Si le premier ministre québécois, Philippe Couillard, avait parlé dès dimanche soir « d’acte terroriste », aucun des onze chefs d’accusation dont Alexandre Bissonnette fait l’objet n’est, pour l’heure, relié à un acte terroriste. Mais d’autres accusations pourraient s’ajouter à mesure que l’enquête progresse. Vingt-quatre heures après l’arrestation du principal suspect, les motifs de son geste n’étaient toutefois pas connus.

Lundi soir à Montréal, le vent balaye l’esplanade, faisant vaciller les flammes des bougies que de nombreux manifestants brandissent. Sur la grande scène dressée devant la gare, les militants et citoyens prennent la parole en français, en anglais et en arabe pour dénoncer l’escalade de la haine, l’islamophobie et le racisme dont sont victimes les musulmans du Québec et d’ailleurs. Une réunion qui réunit également des milliers de personnes se tient au même moment dans la ville de Québec.

Sur la scène, une militante lit les noms des six hommes tués la veille : Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti, Azzedine Soufiane, Karim Hassan, Mamadou Tanou Barry, Ibrahim Barry. Certains parmi eux étaient des membres bien connus de la communauté musulmane de Québec. Des citoyens canadiens, pères d’enfants nés au Canada. À Québec, les citoyens et les représentants d’association prennent également la parole. Cité par La Presse, Hakim Merdassi, de l'Association des Tunisiens et Tunisiennes de Québec, a tancé « messieurs les politiciens », accusant certains d’entre eux « d’avoir été des pompiers pyromanes » dont les propos « font que nous sommes tous brûlés aujourd’hui ». Hakim Merdassi souhaite malgré tout que « cet épisode soit un acte fondateur pour ne plus jamais que le racisme et l'intolérance ne viennent encore sur nos pas ».

Un appel à l’unité et à la solidarité a été lancé. « Nous défendrons et protégerons toujours votre droit de vous rassembler et de prier, aujourd’hui et tous les jours », a notamment déclaré le premier ministre canadien Justin Trudeau. « C’est une immense marque de respect et de soutien qu’on voit ici », a pour sa part déclaré Mohamed Yangui, président du Centre culturel islamique de Québec dont la mosquée avait déjà été la cible d’actes haineux par le passé. En juin 2016, en pleine période du ramadan, une tête de porc emballée dans un paquet cadeau avait été déposée à l’entrée du centre et était accompagnée d’une carte sur laquelle était écrit « bonne appétit » (sic).

Malgré l’ampleur de la mobilisation, Asmae Jbala Saoudi est inquiète : « Avant-hier, le président des États-Unis décrète l’interdiction d’entrée sur le sol américain aux ressortissants originaires de sept pays majoritairement musulmans. Hier, un jeune homme pénètre dans une mosquée au Québec, tue six hommes et en blesse plusieurs autres autres. Et demain, qu’est-ce qui nous attend ? »

Travailleuse communautaire dans un organisme qui défend, en milieu scolaire, les droits des jeunes et des parents issus de l’immigration, elle est confrontée quotidiennement au racisme systémique qui irrigue la société québécoise. Ses enfants en souffrent également. « Nous vivons au Québec depuis onze ans, Roya et son frère sont nés ici, ils sont canadiens, mais on leur fait sentir chaque jour qu’ils ne sont pas chez eux. » Son amie, Judith, renchérit : « Dans l’école de Roya, 97 % des élèves sont musulmans. Lundi, lendemain de l’attentat, pas un seul enseignant n’a été foutu de parler aux élèves de ce qui s’était passé. Comment voulez-vous que les enfants se sentent considérés quand même le système scolaire ne les respecte pas ? »

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