En Sicile, des juges antimafia contre les passeurs de migrants

Par Elisa Perrigueur

En première ligne sur le chemin de l’immigration européenne, l’Italie a intensifié sa lutte contre les passeurs de migrants. Les juges antimafia sont requis pour démanteler les réseaux de passeurs, qui brassent désormais des milliards. S'ils arrêtent les conducteurs de bateaux venus de Libye, ils n'attrapent pas toutefois les chefs de réseau, généralement basés en Afrique.

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En Sicile, correspondance-. Après la Libye, l’Italie est son deuxième calvaire. « Je n’ai pas piloté le bateau », bégaie le jeune Gambien. Cette phrase, Joff, 17 ans, la martèle depuis deux ans dans les tribunaux. Le jeune baisse les yeux lorsqu’il raconte l'histoire en désordre qui l’a mené tout droit dans les prisons italiennes. Il y a deux ans, lorsque ce migrant quitte la plage de Zouara, au nord-ouest de la Libye, sur un canot bondé, ses passeurs lui demandent de « conduire le bateau ». « Ils étaient armés mais j’ai dit non. J’avais payé 700 dinars (440 euros) ma traversée et je n’avais jamais vu la mer, j’étais incapable de piloter un canot », se défend-il. « Puis j’étais très malade, avec un gros mal d’estomac. Ils ont menacé quelqu’un d’autre qui a pris la barre, j’étais assis de l’autre côté du bateau, je n’ai jamais su qui c’était. Mais ce n’était pas moi. »