Au cœur de la «Grande Peur» de l’époque

Par Pierre Benetti (En Attendant Nadeau)

Daniel, le narrateur d’Une chose sérieuse de Gaëlle Obiégly, a rejoint une communauté survivaliste qui se prépare à une catastrophe indéterminée à coup d'entraînements, même les plus sadiques. Toute la force de ce roman est de déployer les mondes possibles dans un monde qui est déjà le nôtre.

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Une chose sérieuse est loin d’être le seul roman récent à prendre pour matière l’un des puissants stéréotypes de notre époque qu’on pourrait dire de « Grande Peur » : à mesure que l’activité humaine détruit l’environnement, la fin du monde approcherait et avec elle, la disparition des êtres vivants tels que nous les connaissons, de nos formes de vie les plus ordinaires. L’intérêt pour le roman consiste à prélever des ressources imaginaires dans les attitudes sociales telles que le survivalisme ou dans les avatars successifs de l’apocalypse, qu’ils s’appellent attentats, cyclones ou récessions. On peut penser à My Absolute Darling, de Gabriel Talent (lire l’entretien d’EaN) ou à Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam (lire l’article). Dans cet environnement général, la singularité du roman de Gaëlle Obiégly réside dans son personnage-voix, qui écrit : « La voix qui depuis toujours, non peut-être pas depuis toujours, les livres, disais-je, qui m’ont estomaqué, ce sont ceux qui ne ressemblent à rien. »