«Habiter en oiseau»: nouveaux territoires, nouveaux récits

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Pour lire le nouveau livre de la philosophe Vinciane Despret, il n’est pas besoin d’être versé en ornithologie. Il suffit d’être un habitant du monde. Ce bref et passionnant essai offre de quoi repenser notre rapport à l’environnement et les manières de le dire : car les oiseaux ne sont pas les petits propriétaires qu’on a voulu faire d’eux, ils ont bien mieux à nous raconter.

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Les récits sont des affaires de territoires, ou plutôt de changement de territoires : a fortiori la littérature. La « déterritorialisation » dont parlent Deleuze et Guattari lorsqu’ils se penchent sur le cas Kafka permet tout aussi bien de comprendre ce que fabrique un bourgeois parisien qui s’identifie à une écervelée de province (le fameux « Madame Bovary, c’est moi » attribué à Flaubert) ou la fascination qu’exerce sur un lecteur le premier chapitre du roman de Faulkner Le Bruit et la fureur : on se retrouve plongé dans la tête de Benjy, l’attardé mental, et assez vite on s’y trouve bien, presque comme chez soi – très loin de chez soi pourtant. La force de ces récits tient à la façon dont ils nous déplacent.