El Sexto: le graffeur qui inquiète la propagande cubaine

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Dans un pays qui ouvre petit à petit son économie à l'initiative privée, la liberté d'expression ne figure pas encore au programme des décrets de moderni- sation. Alors une nouvelle génération d'artistes et d'activistes tente de faire sauter les verrous soigneusement maintenus par Raul Castro. De notre envoyé spécial à Cuba.
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Cuba, de notre envoyé spécial

Silhouette fine, tignasse bouclée, El Sexto déballe son carton plein de pochoirs, de tracts artistiques, d'affiches et de photos. Le graffeur fait partie de ces jeunes contestataires cubains qui ont choisi les voies de l'internet ou des arts pour exprimer leur frustration et leur envie de changement dans une société corsetée par cinquante ans de castrisme, à la sauce Fidel puis Raul, le frère.

Dans son accent havanais, il fait rebondir les mots, et passe en revue sa jeunesse faite de <. Des policiers y voient un message « contre révolutionnaire ». Son ami est interrogé par la police et Danilo se rend compte du pouvoir d'un simple graffiti.

À Cuba, les murs regorgent de fresques aux messages politiques. Celui qui revient le plus souvent concerne cinq Cubains en prison aux Etats-Unis depuis 1998 pour espionnage. Le gouvernement de La Havane les a érigés en « héros ». Les messages vantant les mérites des « cinco héroes » sont répétés jusqu'à l'écœurement sur les murs de la moindre bourgade de l'île.

Moqueur, Danilo a choisi de s'appeler El Sexto, c'est-à-dire « le sixième », pour rendre hommage « au sixième héros, le peuple cubain, celui qui tente de s'en sortir tous les jours ».

C'est décidé : El Sexto utilisera des pochoirs pour affronter la propagande d'Etat. « Ici, il est difficile de s'en libérer, car la télévision, la radio et le journal répètent la même information en boucle. » Vengeur masqué un brin potache, il inscrit son nom au détour d'une cabine téléphonique ou colle une affiche de son visage sur le mur d'une maison.

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Nous avons rencontré pour la première fois El Sexto lors de la présentation du 11e numéro de la revue littéraire Voces chez Yoaní Sánchez, à La Havane. La revue est à télécharger (en espagnol) à cette adresse.