S. Kawakibi: «Les despotes ont instrumentalisé l’islam»

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La “réforme” de l’islam semble aujourd’hui davantage une injonction ou une incantation qu’un véritable projet. Les intellectuels de la Nahda (« renaissance arabe »), parmi lesquels Abd al-Rahman al-Kawakibi, avaient pourtant conçu une articulation entre politique et religieux, qui pourrait bien s’avérer utile pour penser les nœuds contemporains. Entretien.

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Salam Kawakibi est politiste et directeur adjoint du laboratoire d'idées Arab Reform Initiative. Il est aussi l’arrière-petit-fils d’Abd al-Rahman al-Kawakibi, dont il préface et postface l’ouvrage Du despotisme, traduit pour la première fois en français aux éditions Actes Sud : un livre qui date du début du XXe siècle mais qui peut s’avérer nécessaire pour ce début de XXIe particulièrement heurté.

Lors des premières manifestations contre le régime d’Assad, plusieurs protestataires d’Alep brandissaient en effet ce livre écrit par cet intellectuel syrien peu avant qu'il soit empoisonné sur ordre du sultan, en 1902.

Ce grand réformateur du monde musulman y explore en détail les articulations entre politique et religieux, jugeant que les « despotismes politique et religieux sont inséparables. Quand l’un s’empare d’une nation, il entraîne l’autre, et quand l’un disparaît ou faiblit, l’autre le suit ».

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Abd al-Rahman al-Kawakibi, qui s’exprime depuis l’intérieur de la foi musulmane, part en guerre contre les « petits tyrans que sont les hommes de religion arrogants, les pères ignorants, les époux stupides et les chefs d’associations médiocres ». Il regrette l’attitude des musulmans qui, face à l’Occident, se contentent de répéter : « Dieu nous suffit, Il est le seul garant », en négligeant le fait que l’islam est « la première religion à encourager le savoir ».

En cherchant en profondeur « quel est le mal de l’Orient et quel est son remède », il produit ainsi un texte qui constitue un miroir, mais aussi sans doute un enseignement, face aux impasses du présent.

Cet entretien existe aussi en podcast[diffusion par baladeur], à retrouver ici

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Même si la succession d’attentats djihadistes commis au nom de l’islam ou les polémiques à répétition sur les habits islamiques, du voile au burkini, en disent souvent davantage sur la géopolitique mondiale ou la société française que sur la religion des musulmans, l’islam se situe, depuis quelques mois et sans doute pour encore quelque temps, au centre des débats médiatiques et politiques.

Pour aborder sereinement une campagne présidentielle qui ne le sera probablement pas, une année après les attaques du 13-Novembre, Mediapart propose une série d’une dizaine d’entretiens vidéo avec des spécialistes de tous bords, consacrés aux différents contours contemporains de l’islam : politique ou théologique, « de France » ou d’ailleurs, salafiste ou « modéré », terroriste ou quiétiste, chiite ou sunnite…

Retrouvez ici le premier entretien de cette série avec Adrien Candiard.

Retrouvez ici le deuxième entretien de cette série avec François Burgat.

Retrouvez ici le troisième entretien de cette série avec Olivier Roy.

Retrouvez ici le quatrième entretien de cette série avec Jacqueline Chabbi.

Retrouvez ici le cinquième entretien de cette série avec Rachid Benzine.

Retrouvez ici le sixième entretien de cette série avec Solenne Jouanneau.

Retrouvez ici le septième entretien de cette série avec Anoush Ganjipour.

Retrouver ici le huitième entretien de cette série avec Corinne Torrekens.