Destins juifs, destins soviétiques: un livre, un film

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Basé sur des archives soviétiques inédites, le documentaire Shoahles oubliés de l’histoire diffusé ce mardi 10 novembre sur Arte retrace à la fois la guerre de 1941-45, la Shoah par balles, son effacement et la manipulation de l’information, mal servi hélas par son commentaire. Raison de plus pour lire La Charrue de feu, fresque russe et hallucinée d’Eli Chekhtman, enfin traduite.

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Parfois, ce n’est pas de chance. À peine la belle voix grave d’Anna Mouglalis articule-t-elle les premiers mots du commentaire de Shoah, les oubliés de l’histoire, qu’on dresse l’oreille. Il est question du statut des juifs en Russie tsariste – pogroms, interdictions multiples – puis de la Révolution de 1917. « Les juifs perdent alors leur identité religieuse en même temps qu’ils se coupent de leur héritage culturel. […] L’invasion allemande sera un cruel rappel à l’histoire », dit-elle. Faux : dans les faits, nombreux étaient les jeunes juifs à avoir rallié la cause révolutionnaire bien avant 1917 (voir le Le Yiddishland révolutionnaire d’Alain Brossat) et les images mêmes de la Shoah par balles démentent cette rupture avec l’héritage, religieux comme culturel. Ce « cruel rappel à l’histoire », qui donne à penser qu’il y a un lien entre assimilation, abandon de la religion et génocide nazi, augure mal du reste, d’autant qu’on vient de voir des images de prisonniers dans des camps, « sortes de loques », « aux regards vides ». Or, les prisonniers des images en question n’ont rien de loques – des êtres humains plus que malmenés, des survivants, pas des loques – et leurs regards sont loin d’être vides. Ennuyeux pour un film qui précisément ambitionne d’appréhender réel, documents et imagerie…