Parler d’amour en poésie, ce n’est pas forcément bégayer « je t’aime » après que tant d’autres l’ont dit. Il arrive que la mièvrerie du sentiment soit traversée par la force du désir, que la douce rêverie s’avère un geste politique. Nathalie Koble, enseignante de langue et littérature médiévales à l’École normale supérieure, publie une anthologie bilingue autour de la tradition poétique de la Saint-Valentin. Elle rassemble des poèmes qui vont de la fin du XIVe siècle à 2016 : on y trouve René d’Anjou, Shakespeare, Verlaine, Louis Zukofsky, ou même Jacques Roubaud, car l’éditrice a passé commande de Valentines à plusieurs poètes contemporains. Cette anthologie permet de se confronter à la fois à l’étrangeté d’une parole lointaine, venue du Moyen Âge, et d'être saisi par sa proximité, son dialogue avec les poèmes modernes, que souligne la traduction, comme dans ce rondeau de Charles d’Orléans : « Mais si j’arrive à capturer/Espoir, je change de baratin/En ce jour de Saint-Valentin ! » Changeons de baratin : cette anthologie nous invite à parler autrement d’amour et de poésie. Entretien avec l’éditrice et traductrice.