Martin Winckler: «Le suicide assisté, acte de liberté»

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Martin Winckler le dit. En souvenir d’André est une fiction, lorsque la mort approche : inéluctable, voulue, aidée ? Le récit est multiple, voix et histoires de ceux qui choisissent de partir. Au moment où paraît le roman, la commission Sicard sur la fin de vie, initiée par François Hollande, commence ses auditions. Comme souvent, la littérature anticipe le législatif en devenir. Entretien vidéo et extrait.

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Cette question-là, on a oublié de la poser à Martin Winckler, alors qu’il s’asseyait sur la chaise comme s’il avait (presque) tout son temps. Comment fait-il pour conjuguer la médecine et l’écriture ? Soutenir une production notable sur les séries télévisées, des pamphlets ici et là, des romans policiers, des romans tout court, une émission de radio ? Comment fait-il pour passer au Canada, où il vit depuis 2009, de chercheur invité à étudiant en bioéthique, tenir un site qui compte ses visiteurs par centaine de milliers, sans compter une page Facebook très active ?

Mais peut-être suffit-il de l’écouter passer, en un seul souffle, de la mort de son père qui ouvre En souvenir d’André, à son expérience de médecin, puis à de cinglantes considérations sur l’institution médicale en France, sur la mort comme seul espace de choix possible pour certains, puis à un épisode de “Docteur House”. On a la réponse, en partie. Cet homme là aime décloisonner, et ne s’en prive pas.

Quand il écrit, c’est dix-huit heures par jour. Un mouvement, une énergie, plus qu’une carrière : France Inter (après de virulentes contributions sur les laboratoires pharmaceutiques dans sa chronique matinale) l’a viré sous la pression de ceux-ci ; tout comme le doyen de Paris V où il enseignait, après une interview où il disait tout le bien qu’il pense de la formation des soignants… 

Martin Winckler: "Dans "euthanasie", les Français entendent "Etat nazy" © Mediapart

En souvenir d’André est un livre où l’on entend plusieurs voix, et qui laisse pourtant une impression de silence. Ces silences pleins, apaisés, lorsque les choses ont été dites et décidées. C’est aussi un livre où meurent plusieurs médecins – à commencer par l’un des doubles romanesques de Martin Winckler, Emmanuel Zacks. Ultime décloisonnement, lorsque patient et médecin ne font plus qu’un, et que le premier prend le pas sur le second. Le narrateur, dont alors on ignore tout, ouvre son récit par cette phrase : « Je voulais aider mon père à mourir. » Il ne l’a pas fait. Mais il a gardé en tête, à jamais, l’adage paternel : « La douleur a raison contre le médecin. »

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