Leurs vies sont nos romans (1/3): Aragon, l'écrivain et son double

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Trois biographies, trois destins, trois œuvres, une traversée artistique et politique du XXe siècle. Aujourd’hui Aragon, revisité par Philippe Forest.

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Il y a foule devant la Mutualité, en ce 21 juin 1935. Trois mille personnes s’y entassent, autant écoutent rue Saint-Victor, où des haut-parleurs crachotants retransmettent interventions et débats. Sous l’intitulé « pour la défense de la culture », on aborde la montée des fascismes en Europe, l’avènement des Fronts populaires, l’espoir communiste, le rôle politique de l’écrivain. Longtemps considéré comme une simple manipulation de l’URSS, le Congrès, dès sa genèse, échappa en partie à ceux qui l’avaient initié comme l’ont montré les travaux de Sandra Teroni et Wolfgang Klein (lire sous l'onglet Prolonger). Jamais, sans doute, un congrès n’aura réuni autant d’auteurs célèbres, ou appelés à le devenir. L’Europe littéraire progressiste. Se côtoient ainsi Brecht et Musil, Heinrich Mann, Aldous Huxley et H.G. Wells, E.M. Forster et Isaac Babel, Ilya Ehrenbourg, Henri Barbusse, Valle Inclàn, Benjamin Fondane, Louis Guilloux, Anna Seghers, ou Jean Giono. Entre autres. Gide râle qu’il ne peut en placer une dès que Malraux s’emballe, et c’est souvent.