Les métamorphoses de la question raciale (2/6). Les raisons d’une tension

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Si les questions raciales se transforment sous nos yeux, c’est en raison à la fois de la montée de nouveaux publics qui s’en emparent, d’évolutions politiques et analytiques qui les entourent, et de mouvements tectoniques qui les rendent plus saillantes.

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En 1984, le congrès du parti travailliste britannique dut se prononcer sur l’inscription officielle de « black sections » dans la constitution du parti. À l’initiative de cette motion, le député Bernie Grant déclara : « Nous sommes inquiets car on nous a rapporté que nos dirigeants sont opposés à la mise en place des black sections. L’un de nos camarades a dit qu’elles étaient vouées à devenir des ghettos noirs. » La motion fut rejetée. Il n’est donc pas récent qu’une mobilisation fondée sur la couleur de la peau pose un souci au sein des forces de gauche. Mais la montée en puissance de ce que Nancy Fraser appelle des « contre-publics » change la donne. La philosophe américaine désigne ainsi ces publics qui émergent en réponse à leur marginalisation dans l’espace public. Pour elle, ils « contribuent à élargir l’espace discursif » puisque « les présupposés qui échappaient jusqu’alors à la contestation devront désormais être soumis au débat public ».