Marché du CO2 : quand il y en a moins, il y en a encore plus!

Si les États européens augmentaient leurs émissions de gaz à effet de serre chaque année d’ici 2020, ils réussiraient tout de même à respecter leur objectif de les réduire de 20 %. Une nouvelle faille du marché du CO2 apparaît, alors que Bruxelles est en pleine préparation de ses objectifs climat pour 2030.

La lecture des articles est réservée aux abonné·es. Se connecter

Cela ressemble à un titre du Gorafi, le site d’infos humoristiques, mais c’est pourtant un nouvel authentique défaut du marché européen du carbone que l’ONG britannique Sandbag vient de révéler (lire ici la note complète, en anglais) : si les États membres augmentaient leurs émissions de gaz à effet de serre chaque année d’ici 2020, ils réussiraient tout de même à respecter leur objectif de les réduire de 20 %. Dans une certaine mesure...
Comment est-ce possible ? Tout le problème vient de la manière dont l’Europe a traduit son objectif de baisse des gaz à effet de serre – adopté en 2008 dans son « paquet énergie climat 2020 » (voir ici). L’effort a été réparti entre deux mécanismes : le marché des quotas de CO2 pour les industries les plus polluantes (sidérurgie, énergie, cimenteries…) et un « budget carbone » pour les autres activités émettrices : les transports, le chauffage des bâtiments, les déchets, l’agriculture. C’est le volet dit de l’« effort partagé ». Sur le papier, chacun a reçu un stock de tonnes de dioxyde de carbone, censées décroître progressivement jusqu’en 2020.
Le problème, c’est qu’en 2012, les émissions ont été plus faibles que prévu, en grande partie à cause de la crise économique. Bonne nouvelle ? Pas pour le système des budgets carbone. Car du coup, la réserve de CO2 prévue pour 2013 et les années suivantes devient trop grosse. Beaucoup trop grosse. Au point que pour l’écluser entièrement, l’Europe devrait augmenter ses émissions de gaz à effet de serre de 2,2 % chaque année jusqu’en 2020. Autrement dit, elle pourrait physiquement accroître ses rejets tout en respectant sur le papier son objectif contraignant de -20 %. Si ce scénario catastrophe se produisait, l’Union se retrouverait au même niveau d’émissions qu’en 1990, soit avant la naissance des politiques climatiques.
C’est ce que démontre le schéma ci-dessous, issu des calculs de Sandbag.

1€ pour 15 jours

Résiliable en ligne à tout moment

Je m’abonne

L’info part de là


Soutenez un journal 100% indépendant : sans subventions, sans publicités, sans actionnaires

Tirez votre information d’une source de confiance

Accédez en exclusivité aux révélations d’un journal d’investigation

Déjà abonné ?

Mot de passe oublié

Aujourd’hui sur Mediapart

International — Reportage
par Rachida El Azzouzi et Mortaza Behboudi
International — Enquête
par Mortaza Behboudi et Rachida El Azzouzi
Europe — Note de veille
par Jérôme Hourdeaux
Voir la Une du Journal

À ne pas manquer

IVG, la régression venue des États-Unis — Reportage
Le Kansas vote en faveur de la protection de l’avortement
Mardi 2 août, une majorité d’électeurs de l’État américain du Midwest a rejeté un amendement à la Constitution locale qui aurait permis la restriction, voire l’interdiction, du droit à l’avortement. Il s’agissait du premier test électoral depuis la révocation de l’arrêt « Roe v. Wade » en juin.
par Alexis Buisson
Asie — Analyse
En Chine, la crise immobilière prend de l’ampleur
À la suite d’une révolte des emprunteurs, le pouvoir a dû réagir pour stabiliser la situation, mais le vrai problème reste son incapacité à construire un nouveau modèle économique.
par Romaric Godin
Proche-Orient — Reportage
En Cisjordanie occupée, une opération massive de « colonisation sauvage »
Le 20 juillet, des milliers de colons israéliens se sont donné rendez-vous aux quatre coins de la Cisjordanie pour y créer dix nouveaux avant-postes en une soirée, espérant influencer la politique du gouvernement. Au grand dam des Palestiniens, qui voient de plus en plus de terres confisquées, et la violence des colons s’intensifier.
par Alice Froussard
Climat — Entretien
Vagues de chaleur marine : « L’océan traité comme une poubelle géante pour le CO2 »
Les vagues de chaleur océanique s’intensifient, comme l’alerte la climatologue du Giec Valérie Masson-Delmotte. Elles causent le blanchissement et la dégradation des récifs coralliens, la mortalité de masse d’oiseaux marins, mais aussi des risques pour la santé humaine à cause de la prolifération d’algues toxiques.
par Sophie Boutboul