S'agit-il de sauver les banques ou d'enrichir leurs actionnaires?

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Les banques sont l'un des maillons faibles de la crise de la dette. Le scénario de leur recapitalisation par les Etats n'est plus tabou. Ce qui ne les a pas empêchées, ces trois dernières années, de verser des milliards d'euros à leurs actionnaires.
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C'est un cri du cœur de Josef Ackermann, le patron de Deutsche Bank, dans les colonnes du journal grec Kathimerini, dimanche: il n'est pas question de retoucher l'accord européen du 21 juillet, qui prévoit une (modeste) participation du secteur financier dans le deuxième plan d'aide à la Grèce. «L'impact d'une telle décision serait incalculable. C'est pourquoi je mets en garde avec la plus grande énergie contre toute révision matérielle», explique Ackermann, qui préside également un puissant lobby bancaire, l'IFI (Institut de la finance internationale).

A l'en croire, les banques européennes seraient en bien trop mauvais état pour aller au-delà de ce qui a déjà été concédé durant l'été: une décote de 21% de certaines obligations d'Etat, prise en charge par les banques, pour réduire la facture de la dette grecque de 37 milliards d'euros. Un geste amplement suffisant, aux yeux du monde financier. Pourtant, la grande majorité des économistes, aujourd'hui, en sont convaincus: il faudra aller beaucoup plus loin, en matière de restructuration de dette, si l'on veut que la Grèce s'en sorte un jour...

Le patron de la Deutsche Bank oublie de dire une chose. Si les banques européennes se trouvent aujourd'hui dans l'œil du cyclone, fragiles et attaquées par les marchés, c'est aussi parce qu'elles ont fait le choix de ne pas se protéger quand elles en avaient les moyens. Prenons les trois grandes banques françaises (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole), décapitées en bourse depuis le début du mois d'août (et encore en séance ce lundi). Les marchés redoutent, entre autres faiblesses, leur exposition à la dette souveraine de pays aujourd'hui très mal en point, de la Grèce à l'Italie.

Ces trois géants bancaires ont, depuis 2008, continué à faire comme si de rien n'était – malgré la crise. Ils ont reversé des milliards d'euros de dividendes à leurs actionnaires, quand ils auraient pu choisir de renforcer davantage leurs fonds propres, ce matelas censé amortir la chute en cas de coup dur. Aujourd'hui, les marchés sont inquiets de la minceur de ces capitaux propres, et le font savoir.

Ouvrons les bilans financiers annuels. De 2008 à 2010, BNP Paribas a versé 4,068 milliards d'euros de dividendes (1,044 en 2008, puis 1,772 l'année suivante et enfin 1,252 en 2010). Performance à peu près identique chez Crédit agricole: 4,033 milliards sont venus récompenser les actionnaires (1,991 puis 0,998 puis 1,044). Quant à Société générale, davantage ébranlée par la crise américaine des «subprime», les sommes sont légèrement inférieures – 2,188 milliards d'euros sur trois ans (697 millions en 2008, puis 185, puis 1306).

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