Le nombre de pauvres a augmenté d’un million en dix ans

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Selon une étude de l’Observatoire des inégalités, le nombre de pauvres a augmenté de 1 million entre 2005 et 2015. La baisse des APL comme la dérégulation du travail et son « ubérisation » risquent de creuser la tendance, même si l’économie redémarre lentement. 

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C’est une statistique qui vaut réquisitoire contre les politiques économiques suivies alternativement par la gauche et par la droite ces dernières années ; et qui vaut tout autant réquisitoire contre la politique violente de dérégulation sociale et de flexibilité conduite par Emmanuel Macron : au cours des dix dernières années, le nombre de pauvres a augmenté en France de près d’un million. Et si la crise y a grandement contribué, le plus spectaculaire, c’est que lorsque ses effets ont commencé à s’atténuer, la pauvreté n’a pas pour autant reculé.

Ce constat inquiétant transparaît d’une enquête conduite par l’Observatoire des inégalités et éditée avec le soutien de la fondation Abbé-Pierre. Intitulée « L’état de la pauvreté en France » (Notes de l’Observatoire n° 4, Observatoire des inégalités, novembre 2017), elle s’appuie sur de nombreuses sources statistiques de l’Insee, où beaucoup d’auteurs ont fait leurs classes, mais les prolonge, en dressant un tableau accablant sur la décennie écoulée 2005-2015. C’est à croire qu’à chaque repli de l’activité, la pauvreté s’envole, mais dès que l’activité reprend, même timidement, il n’y a jamais de recul de la pauvreté. Ce qui invite à réfléchir à une question de fond : qui peut croire que la conjoncture est à l’origine de la pauvreté ? N’est-ce pas plutôt la mécanique même du capitalisme français qui génère constamment de l’exclusion et de la misère ?

On peut consulter cette étude sur le site Internet de l’Observatoire, comme les études qui l’ont précédée. On peut aussi la consulter ci-dessous :

La note s’ouvre sur un premier constat : « La France compte cinq millions de pauvres si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian (revenu après impôts et prestations sociales) et 8,9 millions si l’on utilise le seuil à 60 %, selon les données 2015 de l’Insee. Dans le premier cas, le taux de pauvreté est de 8,0 % et dans le second de 14,2 %. Au cours des dix dernières années (2005-2015), le nombre de pauvres a augmenté de 600 000 au seuil à 50 % et d’un million au seuil à 60 %. Le taux de pauvreté s’est élevé de 0,5 point au seuil à 50 % et de 0,9 point au seuil à 60 %. »

Pour comprendre comment ces statistiques sont fabriquées, il faut d’abord savoir qu’elles proviennent du dépouillement des données fiscales. D’où le temps qu’il faut pour en disposer. Les dernières statistiques disponibles sont celles qui portent sur les revenus des Français en 2015. C’est donc avec beaucoup de retard que l’on peut disposer d’une mesure incontestable de la pauvreté en France.

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