Le Crédit mutuel demande l'annulation de la vente des titres EADS par Lagardère

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Le Crédit mutuel s'apprête à déposer une assignation auprès du tribunal de commerce de Paris pour demander l'annulation de son achat des titres EADS auprès de Lagardère en avril 2006, auquel il avait participé, aux côtés d'autres investisseurs. Prenant les devants, le groupe Lagardère juge, dans un communiqué, cette «étrange tentative dénuée de tout fondement».

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Tandis que les auditions se poursuivent à la brigade financière sur l'éventuel délit d'inité d'EADS, un nouvel épisode judiciaire s'engage, mettant en cause le petit monde des affaires. Brisant les usages de discrétion de la place de Paris, le Crédit mutuel prépare une action auprès du tribunal de commerce de Paris pour demander l'annulation de la vente des titres EADS par Lagardère, réalisée en avril 2006. Le groupe d'Arnaud Lagardère a rendu publique lui-même cette action mercredi, dans un communiqué. Il y réfute par avance les demandes de la banque mutualiste. « Cette étrange tentative est dénuée de toute pertinence juridique », assure-t-il, jugeant qu'il ne peut être considéré comme partie prenante à une acquisition réalisée auprès d'un tiers, en l'occurrence la banque Natixis.
Pour comprendre l'objet de la dispute, il faut revenir au début de l'histoire. Fin novembre 2005, les deux actionnaires de référence d'EADS, Lagardère et DaimlerChrysler, informent l'Elysée de leur intention de vendre une partie de leur participation dans le groupe aéronautique. Les travaux préparatoires s'engagent. Mais il y a un problème pour le groupe Lagardère : pour bénéficier de l'exonération fiscale sur les plus-values, il doit conserver en théorie ses actions jusqu'en 2007. Il faut donc envisager un montage pour lui permettre de vendre à terme. Un mécanisme est donc imaginé par les banquiers conseils du groupe, Matthieu Pigasse de la banque Lazard et la banque Ixis, fusionnée maintenant avec Natixis : les ORAPA (Obligations remboursables en actions à parité ajustable). Dans un premier temps, Ixis consent un prêt de 2,1 milliards d'euros – correspondant à l'équivalent de 61 millions d'actions d'EADS, soit 7,5% du capital, au prix de 32,6 euros par titre – à Lagardère. A partir de 2007, celui-ci lui rembourse par tranche en actions EADS sur trois ans, mais seulement à partir de 2007, afin de ne pas être imposé sur les plus-values. Si entre-temps, l'action baisse, il ne se passe rien pour le groupe Lagardère, le prix de 32,6 euros étant acquis. En revanche, si le titre monte, le groupe pourra bénéficier de la hausse. En un mot, c'est une opération cousue main.
Mais Ixis ne veut pas porter le risque EADS tout seul. La banque recherche donc des investisseurs susceptibles d'être intéressés à devenir actionnaires à terme du groupe aéronautique. C'est ainsi que la Caisse des dépôts prend un peu plus de 2 % . Les conditions de cette acquisition ont fait l'objet d'une vive polémique à l'automne dernier. D'autres investisseurs suivent, dont Generali, Aviva et Groupama. Le Crédit mutuel y engage plus de 65 millions d'euros pour 2 millions. Conclue le 28 mars, la vente est réalisée le 9 avril. Le 13 juin 2006, ces nouveaux actionnaires réalisent combien ils ont fait une mauvaise affaire : EADS annonce les premiers retards de l'A380. C'est le début d'une longue descente aux enfers. En un peu plus de deux ans, le titre a perdu plus de 58% de sa valeur.

Devoir absolu d'abstention