Le groupe allemand Siemens miné par la corruption

Par et
Le conglomérat, soupçonné de corruption, doit faire face à de nouvelles accusations. Selon de nombreuses révélations de la presse allemande, les pratiques déviantes s'étendent à d'autres divisions que celles des communication et de l'énergie, déjà impliquées. L'ancien président, Heinrich von Pierer, est directement mis en cause. «Le scandale ronge l'entreprise comme un cancer», note la Süddeutsche Zeitung. Pour le groupe, les dégâts sont déjà immenses.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Les graves soupçons qui entourent Siemens ne cessent de grossir. Selon le quotidien économique Handelsblatt du 14 avril, la justice allemande aurait élargi son enquête pour corruption à une nouvelle division du conglomérat, celle de la distribution électrique. Son ancien responsable Uriel Sharef serait directement mis en cause. Selon l'agence Bloomberg, celui-ci aurait reçu des mails dans lesquels étaient évoqués des paiements réalisés par une structure occulte de Siemens mais contrôlée par lui pour dissimuler le paiement de pots-de-vin. Cette société aurait établi des fausses factures au groupe pour obtenir en échange de l'argent servant à financer des commissions en Amérique du Sud et en Asie. L'avocat d'Uriel Sharef a affirmé que son client ne savait rien de cette entreprise fantôme destinée à dissimuler des circuits de corruption.
«L'affaire ronge l'entreprise comme un cancer», constate le quotidien Süddeutsche Zeitung. «Même certains membres du conseil de surveillance n'imaginaient pas l'ampleur de ces pratiques.» Depuis dix-huit mois, le groupe allemand fait l'objet d'une vaste enquête judiciaire pour corruption. Deux autres divisions, la branche télécommunications et la branche énergie, étaient déjà accusées d'avoir distribué de multiples pots-de-vin pour emporter des marchés. L'un d'entre eux aurait notamment concerné la vente de turbines à l'électricien italien Enel. Un autre concernerait la fourniture d'équipements pour deux centrales nucléaires en Iran dans les années 1970. Plus de 400 millions de deutsche Mark auraient alors été versés à différents intermédiaires. Au total, la justice a déjà mis au jour le versement de 1,3 milliard d'euros sous forme de pots-de-vin et de commissions par ces deux branches.
La révélation de ces faits avait poussé à l'éviction en 2007 de son président mythique Heinrich von Pierer et du président du directoire Klaus Kleinfeld, remplacé par Peter Löscher. Depuis, ce dernier fait un ménage systématique dans le groupe. Des contrôles internes ont révélé des circuits parallèles de financement dans d'autres branches du groupe, les appareillages médicaux, les transports et les solutions industrielles. La construction du métro à Maracaïbo (Venezuela) aurait ainsi donné lieu à un versement occulte de 1,5 million d'euros. «Plus les enquêtes avancent, plus l'affaire devient horrible. Tout ce que je sais, c'est que nous ne sommes pas près d'en voir le bout», confie un contrôleur interne.

«Le paiement de pots-de-vin comme une possible stratégie»