France Télécom: et si c'était pire encore ?

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Et si c'était encore pire qu'on croyait? Lundi, le cabinetTechnologia publiait la synthèse des 80.000 réponses des salariés deFrance Télécom sur leur malaise au travail. Accablant. Mais une autreétude remise le même jour, compilant 45 rapports de comités d'hygiène et de sécurité, fait apparaître encore plus crûment l'ampleur de la crise. De 2001 à 2008, France Télécom a détruit 44.700emplois: cela s'est fait à la hache. Mediapart a lu les 169 pages, annexes comprises... Décryptage.

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Lundi 14 décembre, le cabinet Technologia, expert du stress au travail choisi par la direction de France Télécom pour livrer un audit sur la souffrance au travail, a remis deux rapports. Le premier, la synthèse des 80.000 réponses à un questionnaire adressé aux salariés de l'opérateur télécoms, a été remis le matin et largement commenté dans la presse, dès lundi après-midi. Il confirme un très profond malaise.

 

Principaux enseignements : 55% des salariés s'y disent «pas satisfaits» de leurs conditions de travail. Et seuls 39% se disent «fiers» de travailler dans ce groupe.

 

 

 

 

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Mais le second rapport, livré lundi dans l'après-midi, est encore plus explosif. Comme le prévoit son contrat avec France Télécom, Technologia a compilé 45 expertises commandées par les comités d'hygiène et de sécurité de l'entreprise à la suite de réorganisations, délocalisations, déménagements de site, depuis 2007.

 

De cette «analyse documentaire» fouillée, qui s'appuie aussi sur des documents internes et des courriers de l'inspection du travail, Jean-Claude Delgènes et son équipe tirent un constat sans appel: le «changement important de la nature de l'entreprise France Télécom», désormais inscrite «dans une logique guidée par les exigences de court terme des marchés financiers», a conduit à une «dégradation des conditions de travail et de la santé au travail».

 

 

 

 

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De la compilation des enquêtes, bilans sociaux et autres documents internes à France Télécom, Technologia tire en 63 pages limpides un bilan saignant, dont on a pourtant peu parlé. «C'est à peu près ce qu'on dit, en pire», ironise un élu syndical. D'autant que dans des annexes très volumineuses (une centaine de pages, voir p.3), le résumé détaillé de chacune de ces études, où pas grand-monde ne s'est aventuré jusqu'ici, fait apparaître un tableau dévasté : violence au travail, tendances suicidaires, mutations forcées. Autant de monographies derrière lesquelles, en filigrane, se lisent des drames humains.

 

Le cabinet se livre à une sorte d'archéologie de la souffrance au travail chez France Télécom, où 34 suicides ont eu lieu depuis début 2008. Opérant un passionnant retour historique, il montre comment, à partir de 2006, le plan Next, qui vise à faire partir 22.000 salariés, sur fond de déréglementation européenne des télécoms, de mutations technologiques, d'avènement du «client-roi», «va inscrire l'entreprise dans une logique guidée par les exigences de court terme des marchés financiers (...), de création de valeur pour l'actionnaire».

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Technologia, l'expert choisi par la direction de France Télécom, a reçu 64 rapports d'expertise des CHSCT (dont 4 n'ont pas pu être lus). Sur ces 60 rapports, le cabinet, par manque de temps, n'en a exploité que 45. Les 15 autres seront examinés dans le rapport final en 2010.

Selon Technologia :

• 62% des rapports d'expertise (28) font apparaître «des problématiques importantes de santé au travail» et «l'existence de risques psychosociaux»

«75% des expertises qui font état de problématiques de santé au travail ont été réalisées entre 2008 et 2009», juste avant que les suicides à France Télécom ne fassent la une de l'actualité.