Montée des contestations à la Caisse des dépôts

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La Caisse des dépôts entre en crise. Climat social très tendu; tentative d'éviction du directeur financier, qui est réputé proche de la gauche: la gestion du directeur général, Augustin de Romanet, fait beaucoup de vagues. Alors que la polémique sur l'affaire EADS n'est pas même close, la caisse va répondre aux sollicitations de l'Elysée et racheter à un prix supérieur à celui de la Bourse une fraction du capital de la société française Eiffage détenue par le groupe espagnol Sacyr.

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Enfin ! Pour Augustin de Romanet, ce jeudi 17 avril devait être une belle journée... Nommé directeur général de la très influente Caisse des dépôts et consignations (CDC) par Jacques Chirac, quelques semaines à peine avant l'élection présidentielle, il a souvent, dans le passé, fait l'objet de critiques de la part de proches de Nicolas Sarkozy ou de dirigeants de la gauche pour cette promotion de dernière minute. Ensuite, l'affaire EADS et la controverse publique autour de l'implication de la CDC dans l'histoire sont venues compliquer la tâche du nouveau patron de la principale institution financière française. D'autant que le rôle joué par Augustin de Romanet lui-même, auparavant secrétaire général adjoint de l'Elysée et donc chargé de suivre cette affaire EADS pour le précédent chef de l'Etat a, lui aussi, pendant quelque temps nourri les questions.
Mais le temps ayant passé, Augustin de Romanet pouvait espérer que ces deux polémiques s'estompent. D'autant que ce 17 avril, il avait une bonne nouvelle à annoncer: la CDC a réalisé de confortables profits en 2007. Une bonne nouvelle, sans conteste, la première depuis longtemps: le résultat net (part du groupe) s'est élevé à 2,4 milliards d'euros contre 1,7 milliard en 2006 (hors la plus-value exceptionnelle réalisée lors de la cession des titres que la caisse détenait dans le capital de la Caisse nationale des Caisses d'épargne). Une somme rondelette, donc, de nature à faire oublier bien des tourments. Pour célébrer l'événement, une conférence de presse avait donc été conviée en grande pompe dans le très beau bâtiment historique que possède la caisse dans le centre de Paris, l'Hôtel de Pomereu.
Las! Tout s'est déroulé en sens contraire. Et cette journée, qui devait permettre de tourner la page de plusieurs mois de malaise, en a à l'inverse révélé de nouveaux.

1. Le malaise social


« Attention, ils arrivent ». Un instant, le service d'ordre mis en place par les dirigeants de la CDC prend peur ce jeudi, peu avant la tenue de la conférence de presse. Depuis plusieurs semaines, une grogne sociale secoue la Caisse des dépôts à cause de la politique de rémunération mise en place par le directeur général. L'intersyndicale a précisément choisi de faire de ce même 17 avril une journée de grève et de mobilisation des personnels. Craignant que la fameuse conférence ne soit perturbée, la direction joue donc sur le registre du secret. Une grosse demi-heure avant la réunion, tous les journalistes sont informés par SMS que la présentation des résultats financiers aura lieu ailleurs, dans des salons privés avenue Montaigne. Stratagème inutile: les salariés et les syndicalistes en ont naturellement vent et se rendent au rendez-vous caché pour manifester leur mauvaise humeur devant les salons fraîchement requis.

Dans un climat passablement surréaliste, la conférence se tient donc sous haute sécurité. Et les journalistes qui souhaitent sortir de la pièce sont sommés de ne pas passer par l'entrée principale, qui est barricadée, mais d'emprunter un passage obscur dans les sous-sols. Et les journalistes arrivés en retard qui veulent pénétrer dans les lieux en sont empêchés.



A l’extérieur, le manifestants sont là, et disent leur exaspération. Tout est parti d’une prime. Dans le passé, le précédent directeur général, Francis Mayer, avait fait redistribué sous forme de prime générale une partie des bons résultats de la caisse. Augustin de Romanet, lui, a rompu avec cette tradition et décidé d’octroyer une prime variable, entre 500 et 800 euros, mais pas à la totalité des quelque 5.000 salariés. Près de 1.300 d’entre eux, dont une bonne partie des cadres, ont été exclus du dispositif. D’où un mouvement de grogne social qui dure depuis plusieurs semaines, et dont le porte-voix est le leader de la CGT, Jean-Philippe Gasparotto.



Plus tard, dans l’après-midi, selon des témoignages recueillis au téléphone par Mediapart, le mouvement social s’est prolongé au siège de la CDC, mais en perdant son caractère bon enfant pour prendre un tour plus violent. Des manifestants ont envahi l’étage de la direction générale et ne pouvant pénétrer dans le bureau d’Augustin de Romanet, protégé par des vigiles, sont entrés dans ceux du numéro deux de la CDC, Dominique Marcel, qui lui ne profitait d'aucune protection. Son bureau a été saccagé.