La mobilisation se maintient, dans le calme

À Paris et partout en France, le nombre de manifestants, jeudi 19 mai, n'a pas diminué par rapport à la précédente journée. Surtout, un calme relatif s'est imposé au sein des cortèges. La mobilisation parisienne s'est déroulée presque sans heurts.

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Un cortège toujours fourni. Et, cette fois, tout à fait paisible. Ce jeudi 19 mai, septième journée d’action unitaire contre la loi sur le travail depuis la première manifestation du 9 mars, entre 13 000 (selon la police) et 100 000 (selon la CGT) manifestants ont arpenté les rues des XIIe et XIIIe arrondissements parisiens, dans le plus grand calme. Ces deux éléments sont autant d’informations que le gouvernement devra prendre en compte. Mardi, lors de la précédente manifestation, la préfecture avait décompté presque le même nombre de manifestants, 12 000, mais les syndicats n’en avaient compté « que » 55 000. Et de fait, ce jeudi, les avenues empruntées par le cortège, entre Nation et place d’Italie, étaient pleines, sans doute plus que deux jours auparavant.

Par ailleurs, aucun affrontement sérieux n’a eu lieu, ni entre policiers et manifestants, ni entre ces derniers et les services d’ordre des syndicats. Un brusque apaisement après les deux dernières journées d’action marquées par une tension très forte et un net regain de violence (lire notre reportage dans la manifestation du 17 mai, et notre analyse sur la nouvelle donne pour les services d’ordre). Et une bonne nouvelle après les tensions de la veille, où une voiture de police a été brûlée, en marge du rassemblement policier protestant contre la « haine anti-flics ».

Pour autant, cette manifestation parisienne n’a pas dérogé aux nouvelles règles qui deviennent la norme au fil des cortèges. À 14 h 30 sur le boulevard Diderot, elle a démarré au son du sifflet de commandement des CRS, dont une triple rangée en tête de défilé régulait le rythme. Et comme sur commande, dès les premiers mètres franchis, c’est le slogan « Paris debout, soulève-toi ! » qui a retenti, scandé par les milliers de personnes présentes à l’avant de la manifestation, largement devant le carré de tête officiel des syndicats. Cela fait plusieurs semaines que cette formule n’est plus réservée aux activistes voulant en découdre avec la police. Tout comme il est désormais acquis que l’avant des cortèges rassemble tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les classiques défilés syndicaux, sans qu’ils rejoignent pour autant les rangs des « casseurs ».

 © D.I. © D.I.

Le matin même, sur RTL, le premier ministre avait donné son avis sur le mouvement. « Nous sommes dans un État de droit. Mais je ne vois pas quel est véritablement le but aujourd'hui, a déclaré Manuel Valls. Le texte de loi a été adopté par l'Assemblée nationale et cela nécessite à chaque fois un engagement très important des forces de l'ordre. J'en appelle, mais modestement, à la responsabilité des organisateurs des manifestations. » Réponse du tac au tac de Jean-Claude Mailly, le leader de Force ouvrière, quelques minutes avant que le cortège ne démarre : « Moi, j’appelle Manuel Valls à prendre ses responsabilités. »

Il appelle le gouvernement à retirer le texte, ou à tout le moins à revenir sur ce qui reste sa mesure phare, l’inversion de la hiérarchie des normes, qui permettra aux accords négociés dans une entreprise de primer sur l’accord de sa branche, même s’ils sont moins protecteurs pour les salariés. « Le gouvernement a dû utiliser le 49-3 parce que 80 à 100 députés de gauche refusaient son texte. Moi, à la place du gouvernement, je commencerais à me poser des questions », a ironisé Mailly, qui a entamé la manifestation aux côtés de Philippe Martinez, son homologue de la CGT, et de William Martinet, le responsable de l’organisation étudiante Unef. Suivent ensuite des groupes issus des syndicats appelant au mouvement, CGT, FO, FSU et Solidaires.

Le service d'ordre de la CGT, jeudi 19 mai. © D.I. Le service d'ordre de la CGT, jeudi 19 mai. © D.I.

Devant eux, un service d’ordre compact et, au début de la manifestation, un peu tendu, observant la foule hétéroclite des manifestants les précédant de quelques mètres sur le parcours. Cette nouvelle forme de tête de cortège, forte de plusieurs milliers de personnes, rassemble tous les types de manifestants. Quelques dizaines de jeunes, tout de noir vêtus, capuches et cols relevés, sont certes groupés à proximité de deux drapeaux CNT et d’un du Poum, le parti marxiste antistalinien qui s’est illustré durant la guerre d’Espagne.

Mais ces emblèmes côtoient aussi un drapeau du syndicat Solidaires, de nombreuses banderoles issues du monde de l’éducation, une bannière « Meufs bi gouines trans », derrière laquelle un petit groupe joyeux revendique : « Pas d’État policier, on veut du Beyoncé ! » Des Jeunes communistes marchent à deux pas de militants Lutte ouvrière ou d’un couple d’inspecteurs du travail, d’âge moyen, d’équipes de street médics bénévoles, de chercheurs de l’enseignement supérieur et de bon nombre d’étudiants et de lycéens.

« On est là pour demander le retrait de la loi, mais aussi parce qu’il y a ici une ambiance générale d’effervescence. Ça pourrait éventuellement aller plus loin », expliquent Antonin et Philomène, étudiants en informatique et en prépa littéraire. Il ne faut pas les pousser beaucoup pour qu’ils glissent rêver au mot « révolution ». Quant aux « casseurs » avec lesquels le gouvernement a longtemps pris soin de confondre les manifestants de tête de cortège, ils ne souhaitent pas les condamner trop vivement, à l’image de nombreuses personnes croisées dans le cortège. « Toute forme de combat est légitime et je comprends plutôt mieux les mecs qui balancent des pavés que le service d’ordre qui s’en prend aux manifestants, déclare Antonin. Mardi, ça a été tendu notamment parce qu’on n’a pas suivi le parcours imposé. Mais quand on fait ça, c’est pour montrer qu’on en a assez de se faire marcher dessus. Et puis, si ça castagne, on nous dit qu’on est des animaux, mais sinon, on ne parle pas de nous. »

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