Europe: la machine infernale est lancée

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Classée comme “junk bond”, la Grèce est inexorablement en train d'être acculée à la faillite. Le Portugal est désormais sous pression. L'Espagne et l'Irlande sont menacées. L'euro lui aussi est attaqué. La panique gagne les marchés.

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La machine infernale est lancée. Et personne ne sait comment il sera possible de l'arrêter. Après la Grèce, le Portugal, l'Espagne et l'Irlande se trouvent sous pression. Mais c'est l'ensemble de la zone euro qui est à terme menacé.

L'engrenage fatal que tous redoutaient s'est enclenché mardi 27 avril en fin d'après-midi, avec les annonces de l'agence de notation Standard &Poor's. Reflétant l'opinion commune actuelle des marchés, elle a décidé d'abaisser la note de la Grèce de BBB+ à BB+. Dans son système de notation, la dette grecque est désormais notée comme un junk bond, une obligation pourrie. Celle-ci devient aussi risquée que la dette argentine ou vénézuelienne. L'agence a assorti cette dégradation d'une analyse à glacer les investisseurs. Elle a averti les détenteurs d'obligations grecques qu'ils pourraient espérer au mieux retrouver entre 30% et 50% de leurs investissements en cas de restructuration de la dette.

Quelques minutes auparavant, la même agence annonçait une dégradation de la note du Portugal, qui est passée de A+ à A-, considérant que le pays aurait lui aussi du mal à faire face à son endettement et à instaurer le nécessaire programme de rigueur pour remettre de l'ordre dans ses finances.

Dans des marchés de plus en plus nerveux face aux atermoiements de l'Europe, l'annonce d'une nouvelle dégradation de la Grèce a suffi à créer la panique. Le rendement des obligations grecques à deux ans a bondi à 17%, celui des obligations à dix ans a dépassé les 9,6%. Le Portugal a vu les taux sur sa dette à court terme monter à 5% , tandis que les CDS (credit default swaps), assurance sur les risques de défaut, atteignaient pour la première fois 315 points de base.

 

En moins d'une heure, les marchés boursiers se sont écroulés: le Cac a perdu 3,82%, l'Euro Stoxx 50 3,67%, le DAX 2,73%, Wall Street 1,9%. Les valeurs bancaires, les plus exposées au risque de défaut de la Grèce, ont été liquidées. BNP Paribas a perdu 7,02%, Le Crédit agricole 6,47%, Deutsche Bank 4,99%, Citigroup 3,90%, etc.

Mais les signaux les plus alarmants sont sur l'euro. La monnaie européenne qui cotait encore 1,3324 en milieu d'après-midi est tombée à 1,3181 en fin de soirée à Wall Street. Ce qui représente une chute de 1,52% en une seule journée. Sur le marché monétaire, de telles variations relèvent du tremblement de terre. Et la crise risque de s'amplifier dans les jours à venir.

«Les marchés demandent leur livre de chair», analysait David Owen, chef économiste de Jefferies international, cité par Bloomberg. Ou plutôt leur poids de larmes et de sang. Car, pour tous, le jeu de massacre va continuer. La peur a saisi tous les esprits, entraînant un à un, par effet de domino, les pays européens jugés les plus vulnérables. Mais à ce jeu, il y a toujours un maillon faible supplémentaire.

 

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