Nicolas Sarkozy revient... comme avant

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L'ancien président a conclu ce samedi 2 juillet le dernier conseil national de LR (ex-UMP) avant la primaire. Pas encore candidat, mais déjà en campagne, il renoue avec ses marottes légendaires et profite des crises sociale et européenne pour imposer l’idée d’un retour en force.

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« Les sondages, c'est un calcul dans un bocal, ça ne veut rien dire. » Début décembre, Nicolas Sarkozy ne manquait pas d'imagination pour dénigrer les enquêtes d’opinion qui le donnaient au plus bas. Lui, le grand consommateur d’études en tout genre – l’Élysée en a commandé pour 7,5 millions d’euros durant son mandat –, faisait mine de se désintéresser du sujet. Six mois et un frémissement des indices de popularité plus tard, il change de discours. « Les sondages ne nous intéressent pas, sauf quand ils montent à l’insu de notre plein gré », assume l’un de ses proches.

Nicolas Sarkozy au conseil national de LR, le 2 juillet. © ES Nicolas Sarkozy au conseil national de LR, le 2 juillet. © ES

Depuis quelques semaines, les sarkozystes sont à la fête. Mobilisés comme jamais, ils inondent les réseaux sociaux de messages à la gloire du patron de l’opposition. Alors même que ce dernier n’a pas encore officialisé sa candidature, ils récoltent des parrainages, organisent des soirées de soutien et… communiquent énormément. Avant la trêve estivale, ils redoublent d’efforts pour imposer la petite musique d’un retour en force du « boss ». « Le “Sarko-bashing”, c’est fini ! », se réjouit le député et maire du Touquet, Daniel Fasquelle, trésorier de LR (ex-UMP). « Il a remis le parti en ordre de marche, tranché un nombre incalculable de questions, apaisé les tensions, y compris dans les fédérations, détaille l’élu. Cela se sent sur le terrain. Les gens n’hésitent plus à se dire sarkozystes. »

Si tant est que cela soit vrai, comment expliquer un tel revirement ? « Beaucoup de nos électeurs commencent à réaliser que les engagements qu’il avait pris à son retour ont été respectés, estime l’eurodéputée Constance Le Grip. Cela vient conforter l’idée qu’il fait tout pour tenir ses promesses. » Les opposants à l’ex-chef de l’État restent tout de même assez circonspects. « C’est davantage une réalité médiatique qu’une réalité de terrain », nuance la députée Laure de La Raudière, soutien de Bruno Le Maire. « Je n’ai pas franchement constaté de bascule, ajoute un proche d’Alain Juppé. Je continue à croiser tous les jours des gens qui ne veulent plus de Sarko... »

Samedi 2 juillet, Nicolas Sarkozy a conclu le dernier conseil national organisé par LR avant la campagne de la primaire. Outre un meeting prévu le 12 juillet en Corse, il s’agissait de sa dernière prise de parole en qualité de président de parti. « Quoi qu’il arrive dans les semaines à venir, ceci est mon dernier conseil national », a-t-il lancé depuis la tribune de la Maison de la Mutualité (Paris Ve), sans toutefois annoncer sa candidature au scrutin de novembre. Celle-ci ne fait pourtant aucun doute. Elle sera effective à la fin du mois d’août, date à laquelle il démissionnera de son poste, comme l’exigent les statuts du parti de la rue de Vaugirard. « Sa décision est actée depuis peu, confirme son entourage. Il va désormais prendre du recul pour réfléchir à de nouvelles propositions. »

Nicolas Sarkozy au siège de LR, le 24 juin. © Reuters Nicolas Sarkozy au siège de LR, le 24 juin. © Reuters

Beaucoup de ces propositions se trouvent déjà dans le projet de LR : 360 pages (vendues 10 €) reprenant les thématiques des conventions organisées par le parti depuis mars 2015. Censé constituer le fameux « socle commun » qui aurait dû, selon la volonté des sarkozystes, rassembler tous les candidats, il a été adopté samedi à l’unanimité des personnes présentes dans la salle – seuls 14 cartons rouges se sont levés sous les huées, selon le décompte de Luc Chatel. Mais les autres ambitieux de 2017 ont préféré le bouder.

« On ne participera pas au conseil national, confiait l’entourage de Bruno Le Maire le veille. Nous avons notre propre projet, il n’est pas question de voter celui de Sarkozy. » Alain Juppé, François Fillon, Jean-François Copé ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet, étaient en revanche présents. Non pas pour accorder un blanc-seing à leur adversaire, mais pour éviter de donner le sentiment de lui avoir définitivement abandonné la machine. « Je ne vote pas ce projet car j’ai des réticences sur la méthode et le calendrier, explique l’ancienne numéro 2 de LR, qui s’agace que le parti ne communique pas sur les parrainages. Le débat d’idées se fera pendant la primaire. Il y a un certain nombre de points sur lesquels je ne suis pas d’accord, comme le fait de revenir sur la loi sur le non-cumul des mandats ou le recul sur le principe de précaution. »

Des critiques que les soutiens du patron de l’opposition se sont employés à balayer toute la journée. « C’est un socle qui peut servir à nos jeunes candidats investis pour les législatives, insiste le directeur général de LR, Frédéric Péchenard. Chacun y apportera les nuances qu’il souhaite, mais je suis prêt à parier que 90 % des propositions seront utilisées pour la primaire. » Celles qui ont remporté le plus de suffrages des adhérents sont sans surprise celles qui portent sur l’immigration. De la même façon que les prises de parole les plus ovationnées samedi furent celles de Nadine Morano – lorsqu’elle a proposé le retrait des droits civiques et sociaux pour les récidivistes du port du voile intégral – et de Laurent Wauquiez – qui a fait un tabac en rappelant que c’est « aux étrangers de s’adapter à la France et non pas à la France de s’adapter aux étrangers ».

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Mise à jour : ce papier a été enrichi le samedi 2 juillet au soir, après le conseil national de LR.