À Annecy, près de 4 000 personnes défilent contre le passe sanitaire

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Alors que le Conseil constitutionnel rendra ses conclusions le 5 août prochain sur l’élargissement du passe sanitaire prévu quatre jours plus tard, une nouvelle manifestation contre cette mesure s’est tenue samedi 31 juillet à Annecy. Près de 4 000 personnes étaient présentes. Reportage. 

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Annecy (Haute-Savoie).– Sous les regards curieux des touristes venus pique-niquer sur le gazon, une foule de plus en plus dense se regroupe au Pâquier, une grande promenade au bord du très prisé lac d’Annecy. Près de quatre mille personnes, dont une majorité de seniors, se sont déplacées ce samedi dans cette ville de Haute-Savoie. Drapeaux français et pancartes à la main, ils viennent crier leur opposition au passe sanitaire. Celui-ci devrait entrer en vigueur le 9 août prochain, sauf si le Conseil constitutionnel en décide autrement. Il doit rendre ses conclusions le 5 août. 

Sylvie, 52 ans, est accompagnée d’une amie. Un carton accroché autour de son cou donne le ton : « Liberté vaccinale ! Touche pas à mon immunité naturelle ! » L’assistante en milieu scolaire est déterminée. Elle a déjà renoncé à se rendre dans les lieux de loisirs où le passe sanitaire est déjà en vigueur, et ne compte pas s’arrêter là. « Si on m’oblige à me faire vacciner pour pouvoir travailler, je me mettrai en arrêt », prévient-elle. Une position que partage Virginie, 36 ans, infirmière à l’hôpital. Avec une dizaine de soignantes, elles affichent une longue pancarte. Dessus, est écrit en lettres capitales rouges, sur fond blanc :  « Non au passe sanitaire. Unis pour la liberté. » 

Des opposants au passe sanitaire se regroupent au Pâquier, à Annecy, samedi 31 juillet. © YS / Mediapart Des opposants au passe sanitaire se regroupent au Pâquier, à Annecy, samedi 31 juillet. © YS / Mediapart

Comme Sylvie, Virginie menace de « rendre [sa] blouse blanche » si le vaccin devient obligatoire pour travailler. L’infirmière, lunettes fumées sur le nez, précise néanmoins : « Je ne suis pas antivax, je suis à jour dans tous mes vaccins, sauf celui contre le Covid-19. » Sa réticence, elle l’explique par un manque de recul sur les effets secondaires. « Puis je vois les patients qui ont des problèmes cardiaques et des embolies pulmonaires après avoir reçu leur vaccin. » 

Devant elle, un cycliste se fraie un chemin, et se revendique « vacciné et fier de l’être ! », sous les huées des manifestantes et manifestants. Plus discrète, une piétonne accélère le pas. Elle murmure : «  Je ne veux pas être associée à eux, je vais juste récupérer mon vélo à côté. » Entre gêne, soutien, et incompréhension, les réactions autour de cette mobilisation varient. Derrière la vitre de sa voiture, un conducteur brandit un doigt d’honneur en signe d’opposition. De quoi attiser la colère de quelques-uns, sans pour autant que cela aille plus loin. 

Sans trop tarder, le cortège s’organise. Il est 14 h 30 quand la marche démarre. Des soignantes sont en tête. Derrière elles, des milliers de personnes scandent « la police avec nous » pendant qu’elles défilent devant une douzaine de camions de CRS déployés pour surveiller la mobilisation. « Chaque samedi, ça se renforce. La semaine dernière, c’étaient des gendarmes », remarque un manifestant.

Boycott des établissements avec passe sanitaire obligatoire

Dans leur déambulation, Catherine, Corrine, et Marie, respectivement 61 ans, 60 ans, et 59 ans, discutent soldes et shopping. Mais elles l’affirment, ce qui les rassemble aujourd’hui, c’est l’opposition au passe sanitaire. Deux d’entre elles sont des habituées de ce défilé, et la troisième vient pour la première fois.

« Cette mesure n’est que la première étape dans le contrôle de la société. Ça va être quoi après ? », s’interroge Catherine. Dans un rire taquin, elle balance : « Toi, tu as eu ta première dose, tu nous as trahies », en s’adressant à son amie, qui, gênée, justifie ce « choix forcé » par « une volonté de profiter des activités à la rentrée ». Ses deux comparses ne sont pas du même avis. Pour elles, ce sera le boycott. « Tant pis, on n’ira plus au restaurant, ni dans les autres lieux qui demanderont le passe sanitaire. Nous ne céderons pas au chantage de ce gouvernement. »

Les trois amies se rejoignent sur un point. Selon elles, « ce passe sanitaire est une obligation vaccinale déguisée ». Elles citent les « incohérences de Macron qui un jour dit que le vaccin ne sera pas obligatoire, puis punit ceux qui ne le font pas ». Une discussion qui intéresse, et attire le monde autour. « Il aura beau se présenter, il ne gagnera pas la prochaine présidentielle », lance une manifestante. « Méfiez-vous, ils peuvent nous imposer le passe pour aller voter ! », renchérit un autre manifestant. 

Manifestation contre le passe sanitaire à Annecy le samedi 31 juillet. © YS / Mediapart Manifestation contre le passe sanitaire à Annecy le samedi 31 juillet. © YS / Mediapart

Les échanges ne s’arrêtent pas à la politique française. Les discussions se tournent vers l’Italie, avec la bagarre qui a éclaté jeudi dernier au Parlement italien au cœur des échanges. « Les députés se battaient entre eux, c’était génial », « les seuls qui nous ont défendus, ils se sont fait lyncher », entend-on, ici et là.  

L’incident en question a eu lieu pendant les débats sur le décret Covid et l’application du passe sanitaire, baptisé localement « Green Pass ». Dans l’hémicycle italien, les députés du parti populiste Frères d’Italie ont perturbé la session pour s’opposer au passe. Le président de la séance a dû la suspendre. Mais qu’importe la couleur politique, certains manifestants annéciens semblent séduits. 

Sous un ciel où les nuages commencent à s’atténuer pour laisser place à de timides rayons de soleil. Près de la gare d’Annecy, dans le centre-ville, beaucoup déambulent en famille. Ils invitent les jeunes à les rejoindre. « Réveillez-vous, vous êtes manipulés ! Les jeunes avec nous, on est là pour vous ! », scande une militante, mégaphone à la main. 

Yvette, 70 ans, manifeste contre le passe sanitaire à Annecy, le 31 juillet 2021. © YS / Mediapart Yvette, 70 ans, manifeste contre le passe sanitaire à Annecy, le 31 juillet 2021. © YS / Mediapart

Quelques mètres plus loin Yvette, 70 ans, est accompagnée de son fils. Elle raconte avoir parcouru un trajet d’une heure pour venir protester. « Je fais cela chaque samedi. Je regarde sur les réseaux sociaux à quelle heure est le rendez-vous, et je viens. C’est pour mes enfants, mes petits-enfants, et même mes arrière-petits-enfants. » 

Ancienne ouvrière, aujourd’hui retraitée, Yvette dit préférer « mourir du Covid que de leur piqûre ». Car selon elle « des effets secondaires mortels apparaîtront sur du long terme », un argument non vérifié, mais avancé par plusieurs personnes dans la manifestation. Tout comme celui selon lequel le vaccin rendrait stérile. Alors comme beaucoup d’autres, Yvette appelle au boycott des lieux et activités qui demandent le passe sanitaire. « Je resterai chez moi. De toute façon je ne suis jamais sortie de la France. Et les restaurants et les cinémas je m’en fous. »

Le défilé dure près de quatre heures. À 18 heures, les quelque quatre mille manifestants marquent un dernier arrêt devant la préfecture, où ils entonnent La Marseillaise avant de se disperser dans le calme.

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