En Charente-Maritime, «avec ces conneries d'attentats, tout le monde devient raciste»

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À Marennes (Charente-Maritime), tout le monde parle des attentats. Les régionales sont bien loin. Ici comme ailleurs, le Front national pourrait gagner du terrain. Le PS pensait garder aisément la grande région Aquitaine. Cela risque d'être plus difficile que prévu.

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Marennes, envoyé spécial. – La journée, Xavier l’ostréiculteur croise surtout « des mouettes et des hérons ». Mais il lui arrive aussi de discuter avec ses « copains », et ils ne parlent que des attentats. « J’entends dire : c’est encore des Arabes ! » Xavier tente de les raisonner. « Je réponds : Attends, ils sont pas tous comme ça. C’est la vérité en plus : il suffit de 0,0001 % de mauvais pour que tout le monde mange ! Et même, vous pouvez rajouter un zéro. » Mais il ne convainc pas toujours. « Avec ces conneries, tout le monde devient raciste. » Sur le parking de la boulangerie, Xavier salue un ami, donne du « t’es belle comme un cœur » aux dames. Dimanche, il votera aux régionales. Mais les autres ? « Avec tout ça, c’est éclipsé. C’est bâtard, ces élections. Même à la télé, personne n’en parle. Comme dirait l’autre, y a pas de pub. On s’en fout un peu. »

Il y a vingt-cinq ans, Nieulle-sur-Seudre, 500 habitants à l'époque, était un gros bourg ostréicole typique, avec ses paysages de carte postale : ses champs vert électrique, les anciens marais salants où paissent les vaches. Depuis, les lotissements ont poussé, la population a plus que doublé. Les habitants, des ouvriers, des employés, des fonctionnaires travaillent à Marennes, à Rochefort, à Royan ou encore plus loin – quand ils ont un travail : le bassin d’emploi est le plus sinistré de la future grande région Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin. Au centre du village, il y a quelques commerces, mais la voiture est obligatoire pour le travail, les grosses courses, les loisirs et le sport des enfants le mercredi. Nieulle, commune la plus jeune du canton de Marennes, est aussi celle qui a le plus voté pour le Front national aux dernières départementales : 30 % des inscrits.

En quelques minutes, on rejoint Marennes, 5 000 habitants, qui a donné son nom à l’appellation ostréicole “Marennes-Oléron”. Dix jours avant les attentats, on était venu ici raconter l’atmosphère d’avant les élections. Ça semblait intéressant de tâter le pouls de ce département de droite, où le FN progresse à chaque scrutin. Et précisément dans une ville dont le maire, Mickaël Vallet, 36 ans, élu en 2008, réélu l’an dernier en pleine débâcle socialiste, est « le premier maire de gauche depuis les années 30 ». Juste après la crise grecque, l’université d'été des frondeurs du PS avait été organisée à Marennes. Vallet, ancien chevènementiste aujourd'hui proche de Ségolène Royal, y avait tenu un discours remarqué, décrivant « les institutions européennes » comme des « machines à produire des normes néolibérales ».

Lors de notre première visite, Vallet nous avait proposé un petit tour de ville. Il avait raconté comment il tente de faire une politique municipale de gauche en luttant contre l’étalement urbain et les promoteurs privés, peu soucieux d'urbanisme durable. Comment il a interdit la construction de nouvelles surfaces commerciales pour réhabiliter le centre-ville. Ce jour-là, il avait aussi été question de politique. « Le sujet fondamental désormais, c'est comment on reprend le contrôle », nous avait dit Vallet, tout en déplorant le « molletisme – on dit et on fait autrement » de la gauche au pouvoir.