Dans la Marne, le manque d’enthousiasme domine

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Dans les territoires ruraux de la Marne, Marine Le Pen est arrivée largement en tête le 23 avril, devant François Fillon et Emmanuel Macron. Pour tous ceux qui ont vu leur candidat éliminé au soir du premier tour, le vote en faveur du candidat d’En Marche! est loin d'être une évidence.

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Marne, envoyée spéciale.- Antoine* est encore très perplexe. « Macron change tout le temps de discours, il est d’accord avec tout le monde, glisse-t-il, en prenant le document que lui tend Nicolas Habare, créateur d’entreprise et militant En Marche!. Il a un côté versatile qui ne me plaît pas... J’ai vraiment pas foi en lui. » Cet étudiant de 21 ans a voté Benoît Hamon au premier tour de la présidentielle. Dimanche, « comme beaucoup de jeunes, de tous milieux socio-culturels, avec qui [il] discute », il glissera un bulletin Macron dans l’urne parce qu’il n’a « pas envie que Marine passe ». Mais sans aucune conviction.

Nicolas Habare tracte pour En Marche! le 2 mai, à Reims. © ES Nicolas Habare tracte pour En Marche! le 2 mai, à Reims. © ES

Ils sont nombreux, ce mardi 2 mai, à confier la même chose à la poignée de macronistes qui tractent sur la place Drouet-d’Erlon, dans le centre-ville de Reims. En cette fin d’après-midi, le ciel est menaçant et les passants se font rares. Beaucoup attrapent le prospectus d’une main distraite, avant de poursuivre leur route. Ceux qui prennent le temps de s’arrêter le font surtout pour exprimer leurs doutes. Et pour faire part de leur mécontentement face à un duel qui ne leur inspire rien.

« Démocratiquement, un duel Macron-Mélenchon aurait été plus parlant », lance un sexagénaire qui avait choisi le leader de La France insoumise au premier tour et tergiverse encore sur l’idée d’aller voter au second. « Je pense qu’il y a pas de danger… » dit-il, bientôt repris par son fils qui, lui, avait choisi En Marche! dès le 23 avril. « On verra… souffle le jeune homme. Si y a 4 millions de mecs qui se disent ça... » Pour convaincre les hésitants, Nicolas et ses collègues s’emploient à défendre la « solidité » du projet de leur champion. Mais finissent invariablement par dégainer leur argument massue : « De toute façon, c’est ça ou la catastrophe... »

Une autre passante en convient. « À un moment, faut bien aller voter… », souffle cette Rémoise qui avait choisi Fillon au premier tour « parce que son programme était plus cohérent ». « Je voterai quand même Macron au second tour, parce que Le Pen c’est exclu. » Mais là encore, sans conviction. Nicolas Habare est persuadé qu’une majorité de voix fillonistes se reporteront sur son champion le 7 mai. « Les personnes âgées ont de la mémoire, elles ne voteront pas pour l’extrême droite », veut-il croire, reconnaissant toutefois que « la défaite est difficile à digérer » pour les électeurs de droite qui « attendaient ça depuis 5 ans ».

Deux semaines d’entre-deux-tours suffiront-elles pour encaisser ? Rien n’est moins sûr. « L’électorat de François Fillon vote pour des valeurs, donc je ne pense pas qu’il votera FN, imagine également Raphaël Blanchard. Mais à mon avis, une grande partie ne votera pas… » Ce jeune conseiller départemental et municipal, délégué LR dans la circonscription du député et maire de Reims, Arnaud Robinet, assure qu’ici, « beaucoup de gens de droite ont voté Macron dès le premier tour ». Ce qui explique en partie pourquoi, le 23 avril, le candidat d’En Marche! est arrivé en tête avec 24,35 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen (21,90 %), Jean-Luc Mélenchon (20,30 %) et François Fillon (18,98 %).

Raphaël Blanchard. © ES Raphaël Blanchard. © ES

À Reims, le résultat de l’ancien premier ministre est dérisoire au regard de celui qu’enregistrait Nicolas Sarkozy (26,06 %) au premier tour de la présidentielle de 2012. Dans une ville « où on n’est pas connus pour être des radicaux », les affaires et la violence de sa campagne ont laissé beaucoup d’électeurs de droite « dans le désappointement », raconte Raphaël Blanchard. D’autant qu’Arnaud Robinet, ancien soutien de Bruno Le Maire à la primaire de novembre 2016, s’est très tôt retiré de la campagne. Il fait aussi partie de la trentaine d’élus LR ayant appelé « sans hésitation à voter Emmanuel Macron », assurant qu’ils feraient « tout ce qui est en [leur] pouvoir pour l’aider à battre le Front national ».

« Dès que je peux faire passer un message, je le fais », explique le député et maire de Reims, qui a même réuni les membres de sa majorité pour leur dire qu’il n’accepterait pas la moindre hésitation quant au second tour. À ses yeux, le vote blanc est tout sauf une option. Comme beaucoup d’élus locaux, le quarantenaire ne peut que constater, impuissant, la percée de l’extrême droite dans son département. S’il se réjouit que Reims soit « la seule ville du Grand-Est où Le Pen n’est pas en tête », il sait aussi que la candidate du FN a fait « ses meilleurs scores » dans les quartiers populaires de sa commune, qui compte 43 % de logements sociaux.

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*Cet article a été amendé le jeudi 4 mai, dans la soirée, à la suite du mail d’une personne se plaignant d’avoir été citée sans son accord par l’auteure du reportage (qui s’était évidemment présentée comme journaliste à Mediapart).