Bernard Arnault recrute l’ex-conseiller spécial d'Emmanuel Macron

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L’ancien conseiller spécial d’Emmanuel Macron à l’Élysée, Ismaël Emelien, mis en cause dans l’affaire Benalla, vient d’être engagé comme consultant par le groupe LVMH. Il dispensera ses conseils en matière d’environnement.

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Il n’a pas eu qu’à « traverser la rue », mais c’est tout comme. Selon les informations de Mediapart, l'ancien conseiller d'Emmanuel Macron Ismaël Emelien, grand manitou de la campagne présidentielle, également mis en cause dans l'affaire Benalla, vient d'être recruté par le géant français du luxe LVMH. Six mois après son départ de l'Élysée, Ismaël Emelien est le nouveau conseiller du numéro un mondial du luxe et de son patron Bernard Arnault, troisième fortune mondiale.

Interrogé vendredi par Mediapart, le groupe LVMH nous a confirmé avoir passé « un contrat de conseil avec la société qu’a créée Ismaël Emelien. Il s’agit d’un accompagnement stratégique (de quelques jours par mois), essentiellement sur les sujets liés à l’environnement ». LVMH a refusé de nous communiquer le montant de sa rémunération.

Ce recrutement pose une nouvelle fois la question de la porosité entre la politique, la haute fonction publique et les milieux d’affaires, et des éventuels conflits d’intérêts qui peuvent en découler.

Le 10 juin dernier, soit un mois après son départ de l’Élysée, Ismaël Emelien a créé une société au capital de 5 000 euros baptisée Unusual (« inhabituel » ou « pas banal » en anglais), dont il est le président et l’unique actionnaire. Unusual, dont le siège est à Paris, a pour objet social une « activité de formation, de conseil et d’assistance » dans de nombreux domaines : économique, financier, investissements, géopolitique, stratégie, innovation, communication, gestion de crise et gestion des risques.

Pourquoi le numéro un mondial du luxe, connu pour ses marques Louis Vuitton, Christian Dior ou Moët & Chandon, a-t-il recruté Ismael Emelien pour qu'il dispense ses conseils en matière d'environnement, alors que l'ancien conseiller spécial d'Emmanuel Macron n'a jamais travaillé dans ce domaine ? LVMH n'a pas souhaité répondre sur ce point. Contacté, Ismaël Emelien n'a pas retourné notre demande d'entretien.

Ismaël Emelien, ancien conseiller spécial d'Emmanuel Macron. © Capture d'écran TF1 Ismaël Emelien, ancien conseiller spécial d'Emmanuel Macron. © Capture d'écran TF1

Cette collaboration illustre aussi la proximité entre les Macron et la famille Arnault, qui contrôle le numéro un mondial du luxe.

En avril dernier, Brigitte Macron a lancé l’Institut des vocations pour l’emploi (Live), un projet initié et présidé par la « première dame », et financé par LVMH. Le Live vise à créer des centres de formation pour jeunes adultes sans emploi. La première école a été inaugurée le 16 septembre dernier par Brigitte Macron : selon l’AFP, l’ancienne professeure de français compte y intervenir comme enseignante une fois par mois.

La « première dame » s’habille en Louis Vuitton, la griffe phare de LVMH, qui lui prête des vêtements depuis plusieurs années, avant même l’accession de son mari à l’Élysée. Selon le magazine Capital, sa relation avec la famille Arnault a démarré au lycée privé « Franklin », dans le XVIe arrondissement de Paris, où Brigitte fut la prof de français de deux des fils de Bernard Arnault.

Elle aurait sympathisé par la suite avec sa fille Delphine, qui est directrice générale adjointe de Louis Vuitton, lors d’un déjeuner à New York à l’été 2014, accompagnées de leurs conjoints respectifs, Emmanuel Macron et le patron de Free Xavier Niel. « Depuis, l’épouse du candidat à la présidentielle porte du Vuitton à chacune de ses sorties officielles », écrit Capital.

Ismaël Emelien (deuxième en partant de la gauche) sur le perron de l'Élysée. © Reuters Ismaël Emelien (deuxième en partant de la gauche) sur le perron de l'Élysée. © Reuters

Ismaël Emelien, 32 ans, a été le bras droit d'Emmanuel Macron dans sa conquête du pouvoir. Formé dans les rangs d'Havas, cet ex-strauss-kahnien rencontre le futur président de la République en 2009, et devient son conseiller spécial au ministère de l'économie cinq ans plus tard. En avril 2016, ce stratège quitte Bercy pour préparer le lancement d’En Marche! et la mise sur orbite de son patron. Après l'élection présidentielle, Emelien devient naturellement son conseiller spécial à l'Élysée.

Il démissionne de ses fonctions en mars 2019, officiellement pour préparer la sortie de son livre sur le « progressisme ». Le conseiller est surtout mis en cause dans l'affaire Benalla, après avoir récupéré, dès le début de l’affaire, le CD-Rom de la vidéosurveillance des incidents ayant eu lieu sur la place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement de Paris (lire ici).

L'ancien conseiller n'est pas la seule personnalité mise en cause dans une affaire d'envergure à travailler pour le milliardaire Bernard Arnault. C'est notamment le cas de Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement intérieur sous Nicolas Sarkozy, qui travaille pour la sécurité de LVMH depuis son départ de la police en 2013.

L'ex-maître espion est soupçonné par la justice d’avoir mobilisé les moyens de l’État fin 2008, en dehors de tout cadre judiciaire, dans une affaire privée au profit personnel du milliardaire Bernard Arnault, patron du groupe LVMH, le leader mondial du luxe. Selon nos informations, l'ancien patron des services secrets a tenté de s'opposer, en vain, à l'arrivée d'Ismaël Emelien, par ailleurs courtisé par plusieurs grands patrons depuis son départ de l'Élysée, dans le groupe de Bernard Arnault.

L'ancien haut magistrat Laurent Marcadier, également reconverti dans la sécurité au sein du groupe de luxe LVMH, a aussi été mis en examen en 2016 pour des soupçons de complicité et de recel de violations du secret professionnel et du secret de l'instruction. 

Enfin, l'ancien directeur de cabinet d'Édouard Balladur, Nicolas Bazire, directeur Développement et acquisitions de LVMH, doit être jugé, à partir de lundi 7 octobre, dans le volet financier de l'affaire Karachi.

Lorsqu'il a quitté l'Élysée, Ismaël Emelien avait organisé une tournée médiatique pour faire la promotion d'un « manifeste » sur le « progressisme », écrit avec un autre conseiller du président, David Amiel. « Ce livre est d'ailleurs la nouvelle étape de notre engagement personnel », déclarait alors Emelien, en ajoutant : « Nous voulons porter le combat progressiste au cœur de la société. » À commencer par les sociétés du CAC 40.

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