Enquête pour viol: l’ex-adjoint à la mairie de Paris Christophe Girard auditionné

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Accusé de viols dans les années 1990 par un homme, l’ancien adjoint à la culture de la mairie de Paris a été entendu jeudi par les policiers. Le parquet de Paris avait ouvert, en août, une enquête préliminaire pour « viol par personne ayant autorité ».

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L’ancien adjoint à la culture de la mairie de Paris, Christophe Girard, a été entendu jeudi 5 novembre dans le cadre de l’enquête sur les accusations de viols le visant, a rapporté BFMTV. Il s’agissait d’une « audition libre », menée par les policiers de la brigade de protection des mineurs de Paris.

Le parquet de Paris avait ouvert, le 18 août, une enquête préliminaire pour « viol par personne ayant autorité » après les révélations du New York Times. Cette enquête permettra notamment de déterminer si les faits dénoncés, « au vu de leur ancienneté », sont prescrits, avait indiqué le procureur de la République de Paris dans un communiqué. 

Le quotidien américain avait publié le témoignage d’Aniss Hmaïd, qui accuse l’ancien adjoint de l’avoir contraint une vingtaine de fois à des rapports sexuels, entre ses 16 et 24 ans, dans les années 1990. Des accusations que conteste fermement l’élu.

Christophe Girard, le 18 décembre 2013. © LIONEL BONAVENTURE / AFP Christophe Girard, le 18 décembre 2013. © LIONEL BONAVENTURE / AFP

D’origine tunisienne et âgé de 46 ans aujourd’hui, M. Hmaïd avait relaté au New York Times avoir rencontré Christophe Girard dans une station balnéaire tunisienne à l’été 1989, lorsqu’il avait 15 ans. Il dit avoir ensuite travaillé pour M. Girard, en s’occupant de ses fils lors d’un voyage d’un mois aux États-Unis.

Selon son récit à nos confrères américains, Christophe Girard aurait insisté pour qu’il partage un lit dans sa chambre, au motif de faire des économies. Il affirme avoir été réveillé, une nuit, à Washington, par M. Girard en train de le masturber. Il avait alors 16 ans et c’était sa première expérience sexuelle, avait-il affirmé au New York Times, en se disant alors « tétanisé ».

Il dit avoir, après le voyage aux États-Unis, travaillé comme domestique pour M. Girard, et avoir obtenu, après ses 18 ans, des emplois temporaires (manutentionnaire, agent de liaison) chez Yves Saint Laurent lorsque Christophe Girard y travaillait, avant d’entrer en politique.

Se serait mise en place, d’après son récit, une relation abusive de près de dix ans, qui lui aurait laissé « des blessures psychologiques durables ». M. Hmaïd avait affirmé que chacun des rapports sexuels l’écœurait : « Je peux dire que j’étais consentant. Mais globalement j’étais pris dans un engrenage un peu bizarre. Mes parents qui m’encourageaient à le voir. Moi qui espérais quelque chose, du boulot, quelque chose comme ça derrière », avait-il expliqué à nos confrères américains.

Il avait aussi souligné avoir été à l’époque ébloui par cet homme plus âgé, et par ses amis. Mais vers 25 ans, se sentant exploité, il aurait commencé à demander des comptes à M. Girard. Leurs relations auraient alors pris fin.

À l’appui de son témoignage, M. Hmaïd avait fourni au New York Times des attestations de travail et fiches de paie de la maison Yves Saint Laurent, ainsi que plus d’une centaine de photographies le montrant en compagnie de M. Girard, de sa famille et de ses amis. L’une de ces photos montrait M. Girard entièrement nu, debout au pied d’un lit, fixant l’appareil et souriant.

Quatre personnes avaient confirmé au quotidien américain que M. Hmaïd leur avait parlé de ces abus il y a une vingtaine d’années. 

De son côté, Christophe Girard, 64 ans, avait nié avoir eu des rapports sexuels avec M. Hmaïd, confirmant simplement l’avoir souvent employé dans les années 1990, au point de le considérer comme « un des enfants de la famille »Selon lui, M. Hmaïd aurait inventé cette histoire pour tirer profit de l’affaire Matzneff, en vue d’un contrat d’édition. S’agissant de la photo où il apparaissait nu, il avait déclaré que son ancien domestique aurait pu la voler ou aurait pu le photographier après qu’il s’était baigné.

Lors d’un entretien à Mediapart, le 18 septembre, Christophe Girard avait affirmé que lorsqu'il avait reçu la première sollicitation du New York Times concernant des accusations de viol, il ignorait qui portait ses accusations. « J’avais beau chercher… Donc on s’est dit [avec son avocate – ndlr] “on ne répond pas”, et puis après on s’est dit “non, on répond”, comme ça moi je vais savoir de qui il s’agit. »

Après la publication de l’article du New York Times, le 16 août, son avocate, MDelphine Meillet, avait dénoncé dans un communiqué des « accusations sans fondement », « infâme[s] », et « s’inscriv[ant] dans un mouvement de dénonciations médiatiques arbitraires où le droit est balayé par la cause ». Elle avait annoncé que son client engagerait « des poursuites judiciaires en dénonciation calomnieuse contre cet article »

« Juridiquement, ça ne tient pas une seule seconde », avait ensuite estimé l’avocate auprès de l’AFP, au moment de l’ouverture de l’enquête, indiquant que M. Hmaïd affirmait avoir été « consentant », tout en disant avoir été pris dans un « engrenage ».

L’élu avait annoncé sa « mise en retrait » du Conseil de Paris « le temps de l’enquête préliminaire et pour mieux [se] défendre ».

En mars, Christophe Girard avait déjà été auditionné, mais comme simple témoin, dans une autre affaire : l’enquête pour « viols sur mineur de 15 ans » visant l’écrivain Gabriel Matzneff (lire notre article)Le 23 juillet, M. Girard – élu pendant dix-neuf ans dont treize passés au poste d’adjoint à la culture – avait été contraint de démissionner de son poste d’adjoint en raison de ses liens avec Gabriel Matzneff.

Comme Mediapart l’avait révélé, l’adjoint n’avait pas seulement démissionné à cause de la manifestation des militantes féministes, mais aussi en raison de la découverte en mairie, les 22 et 23 juillet, de trois notes de frais de repas avec Gabriel Matzneff réglés par la Ville.

Dans une longue enquête, fin septembre, Mediapart avait également démontré, mails à l’appui, que Christophe Girard avait menti sur la réalité de sa proximité avec Gabriel Matzneff. Et qu’il avait aussi, durant ses mandats, bénéficié de privilèges et multiplié les comportements problématiques dans le cadre de sa fonction. Malgré plusieurs alertes en mairie, l’élu avait été maintenu adjoint à la culture au début de la nouvelle mandature.

En juillet encore, Anne Hidalgo avait soutenu fermement son adjoint, se disant « écœurée » par « la rumeur, les amalgames et les soupçons »Le 18 août, lors de l’ouverture de l’enquête judiciaire pour « viol », elle avait semblé faire un pas de côté en rappelant son « soutien indéfectible à toutes les victimes de viol » :

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Depuis, la maire ne s’est plus exprimée publiquement sur son ex-adjoint à la culture. Christophe Girard, lui, avait affirmé à Mediapart avoir échangé, à titre privé, des « messages amicaux » avec la maire, qui le soutient « humainement », avait-il assuré.

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